Matzneff à l'Elysée

Par François Mitterrand, La Feuille Littéraire, n°5, 01/01/1989

Je me souviens qu'un jour, Gabriel Matzneff me signala "l'opposition sous les Césars".
"Lucrèce, Sénèque, Pétrone, Tacite," écrit-il, sont pour moi aussi vivants, aussi complices, aussi fraternels que peuvent l'être Byron, Nietzsche ou Cioran. Au moins autant que les maîtres modernes, les anciens Romains m'int appris à vivre. Un jour, ils m'apprendront à mourir.
Gabriel Matzneff tient le journal de sa vie depuis l'âge de 16 ans et ne semble connaître qu'un seul ennemi : la pesanteur. Une inspiration hédoniste, puisée aux racines du monde méditerranéen, l'entraîne et le guide.
Ce séducteur impénitent, qui se définit lui-même comme un mélange de Dorian Gray et de Dracula, m'a toujours étonné par son goût extrême de la rigueur et par la densité de sa réflexion.
La spontanéité de son jugement, exprimée dans un style limpide, s'allie à une exigence de vérité qui le mène souvent hors des limites considérées comme ordinaires. A sa vie et à son oeuvre, il porte la même attention.
Je l'ai connu lorsqu'il était un très jeune auteur, vif, grave et léger, un peu littérateur. Quelques chroniques, un livre, m'avaient semblé annoncer un vrai et grand talent. J'ai perdu de vue le personnage qu'il est devenu, jamais l'écrivain qu'il est resté : la preuve...

François Mitterrand

Site Gabriel Matzneff - V. 2009 •
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