Gabriel Matzneff : "Pour moi, c'est la vérité à bout portant!"

Par Mohammed Aïssaoui, Le Figaro littéraire, 09/02/2017

Gabriel Matzneff tient son journal depuis qu'il a seize ans. Il a publié la majorité de ces écrits intimes au cours des soixante dernières années. Son livre Un diable dans le bénitier n'est pas un journal, même s'il couvre trois ans, d'avril 2013 à 2016, chapitrés de mois en mois.

Mais c'est une réflexion instructive sur l'artiste et son travail, des commentaires sur le monde tel qu'il ne va pas et des portraits politiques piquants, «un épitomé de mes passions musagètes», écrit Gabriel Matzneff. L'auteur de Séraphin, c'est la fin! (prix Renaudot de l'essai) y développe ses thèmes de prédilection, ceux qui nourrissent son oeuvre et, plus particulièrement, son journal.

Le Figaro. - Quelle est votre conception du journal intime?
Gabriel Matzneff. -
Chacun a sa conception du journal, mais, pour moi, c'est la vérité à bout portant. Je n'ai jamais écrit une seule page de mon journal assis à mon bureau. Ce sont toujours des notes prises sur le vif, dans la rue, en attendant un autobus, dans le train, à l'aéroport... Le style du journal est différent de celui de mes essais ou de mes romans, qui sont travaillés et retravaillés.

Peut-on tout dire?
Oui, on peut absolument tout dire. Simplement, il faut avoir conscience de l'imprudence que l'on commet. Les gens lisent des journaux parce qu'ils pensent y trouver des révélations scandaleuses, mais, en réalité, on peut être bien plus impudique dans un roman en attribuant aux personnages des caractéristiques immorales ou en leur prétant des goûts condamnables. Le "je" du journal est en apparence trompeur. Prenez Baudelaire : ses poèmes sont bien plus impudiques que ses textes intimes comme Mon coeur mis à nu, par exemple. Je considère que s'il y a un genre littéraire où il faut dire la vérité, c'est bien le journal - ou les Mémoires. Jouer un personnage n'a aucun intérêt.

Mais n'y a-t-il rien qui puisse vous freiner, pas d'autocensure?
Non, pas du tout. Mais je dois dire que j'en ai payé les conséquences. Pour ma carrière, j'aurais peut-être dû... D'ailleurs, certains considèrent que, socialement, je me suis fait un tort consdérable. Mais du point de vue artistique, je pense que j'ai eu raison de publier les livres que j'ai publiés, de ne pas me censurer et d'être veridique.

N'avez-vous pas peur de blesser des personnes dont vous parlez?
Ah! Voilà! Effectivement... J'ai eu conscience que certains mots de mon journal ont pu faire de la peine. A mon ex-femme, à des fiancées, à des maîtresses, parce que, quand elles découvrent ce qui est écrit, elles ne sont pas forcément heureuses. Dans un roman, on peut faire mine de ne pas se reconnaître, mais dans un journal, même si je ne mets jamais de noms de famille quand je cite une relation amoureuse... C'est vrai que c'est terrible de blesser quelqu'un... Je pense à une amie avec laquelle je suis resté quelques années. Quand elle a lu mon journal publié sept ans après notre rupture, je sais qu'elle l'a reçu en pleine figure. J'ai senti que je l'ai blessée... Mais si une jeune fille ne veut pas souffrir de ce genre d'impudeur, il ne faut pas qu'elle devienne la maîtresse d'un écrivain.

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