Rencontre : Gabriel Matzneff

Par Skender Sherifi, Belgique N°1, 10/05/1990

Drôle de cas, ce Matzneff avec son côté Prince russe élégant, courtois, raffiné, bourré de culture classique gréco-latine, copain de Montherlant à 17 ans déjà... ce côté ange Gabriel plus ou moins transparent. Et de l'autre le Matzneff trouble, ambigu, pervers, qui collectionne mineurs et mineures, qui se tape les Philippines, les cures thermales, les lieux branchés.
Il arrive bronzé, cellules régénérées (car il déteste le vieillissement qui nuit à son image), jeans bleu ciel, B.C.B.G.
Comme c'est un mercredi après-midi : on fait la sortie des lycées !

Belgique N°1 : "Mes amours décomposés" c'est votre journal intime des années 83-84, et le titre, si je ne me trompe, est tiré des "Fleurs du Mal" de Baudelaire. Pour quelle raison ? Vous vous sentez très proche de Charles ?

Matzneff :
Oui, il s'agit d'un poème de Baudelaire, le dernier vers de la Charogne, un des plus beaux poèmes des Fleurs du Mal. Si j'ai intitulé ce livre ainsi, c'est parce que pour moi, tenir mon journal érotique et sentimental, c'est une façon de lutter contre la décomposition, c'est-à-dire contre l'oubli, en fixant sur papier des moments essentiels de ma vie. Depuis la parution de ce livre, j'ai reçu un nombre important de lettres et de coups de téléphones de jeunes filles qui sont dans ce livre et que j'avais perdues de vue depuis des années. Certaines désiraient me revoir alors qu'on avait rompu. C'est un livre sur moi, bien sûr, mais aussi sur les adolescents, la façon dont les jeunes filles vivent leur premier amour. Des réflexions sur le vif, au jour le jour. Ce ne sont pas des enquêtes journalistiques ou du baratin, c'est du vécu à l'état brut et pur, un travail sur le terrain.

B. N°1 : Beaucoup vous reprochent (on peut les comprendre) cet étalage, le fait de dire : j'ai couché avec autant de filles en autant de temps, cela fait un peu collection, exploits sexuels... disons que cela vous dessert, d'autant que vous valez beaucoup mieux que ça. Qu'en pensez-vous ?

Matzneff :
Non ! Ecoutez : le vocabulaire sportif m'est absolument étranger. Je n'ai aucun goût des records ou des performances : je m'en fiche totalement.
Il y a des périodes de ma vie où j'étais fidèle à une seule fille et heureux de l'être (d'ailleurs mon livre précédent parle d'une passion entre un homme de 50 ans et une fille de 14 ans). Je n'invente rien.
J'ai été fidèle à Vanessa (14 ans) durant 2 ans. Puis en 83 et 84, j'ai eu une vie dissolue, don-juanesque. J'avais plein de maîtresses, et je draguais beaucoup. Par contre mon prochain journal des années 86 sera celui d'un homme fidèle et amoureux d'une seule fille. Je suis naturel, je ne peux truquer mon journal, ni ma vie.

B. N°1 : Le fait de s'intéresser (vous qui avez passé la cinquantaine) à des jeunes filles sorties d'un album d'Hamilton (vous ratissez entre 15 et 25 ans), c'est aussi pour vous une façon de rechercher l'innocence, la pureté, la jeunesse éternelle ?

Matzneff :
Oui c'est vrai, mais par rapport à la jeunesse, il faut appliquer ce terme avec discernement, mais c'est aussi par goût de la gentillesse, car je trouve que les filles de 15 ans sont moins garces et emmerdeuses que les femmes de 30 ans. Elles sont pleines de rêves de fraîcheur, elles ne sont pas aigries et durcies par la vie. Quand je vois les femmes de mes amis, je me dis que je ne pourrais pas vivre 3 jours avec, tellement elles sont saoulantes et insupportables.
Quand l'idéologie féministe s'en mêle également, alors je fuis ! Les filles de 16 ans sont marrantes, disponibles, et ce n'est pas toujours moi qui les séduis mais j'ai un certain succès tout de même.
Lorsque dans un salon, il y a une fille de 14 ans et sa mère de 35 ans eh bien, ce n'est jamais la mère, mais la fille qui tombe amoureuse de moi.

B. N°1 : Vous avez une attirance pour l'Asie, et pour la sensualité orientale (Japon, Philippines, Thailande, etc..). Vous y allez souvent ?

Matzneff :
Oui, mais jamais au japon que je ne connais pas. Les Japonais que je vois en Europe me paraissent laids et très mal élevés, de plus je ne supporte pas la langue japonaise, alors que j'aime le thaï et le philippin. J'aime aussi, comme vous le savez, le bouddhisme qui donne à certains peuples une douceur, une distinction et un raffinement aristocratique particulier. Il y a une courtoisie typiquement bouddhiste. Je vais en Asie en hiver pour fuir l'Europe, j'ai horreur de la neige, du froid et je n'aime l'Europe qu'à partir du printemps.

B. N°1 : Connaissant votre vie érotique intense et libre (dandy libertin), comment réagissez-vous par rapport au Sida par exemple ?

Matzneff :
J'ai des amis qui en sont morts comme Conrad Detrez et Guy Hocquenghem. C'est une épreuve qu'il faut affronter et prendre ses responsabilités.

B. N°1 : Vous avez des souvenirs belges ?

Matzneff :
J'étais très lié avec Hergé. Durant des années je suis venu à Bruxelles pour dîner avec Hergé et sa femme Fany (un couple génial). Disons que je me sens chez moi ici !

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