Les vérités de Matzneff

Par Aurélie Sarrot, Metro, 18/03/2004

A l'occasion de la sortie de Calamity Gab (Gallimard) et de Yogourt et Yoga (La Table Ronde), une soirée était organisée mardi soir à la galerie des éditions Léo Scheer en présence de l'auteur Gabriel Matzneff. Après les interventions de Frédéric Beigbeder, écrivain et éditeur, de Marie-Rose Guarniéri, libraire, et d'Emmanuel Pierrat, avocat et écrivain, sur le thème de la censure et de la liberté d'expression, Matzneff nous a accordé une interview.

Un mot sur les deux ouvrages que vous publiez...

Calamity Gab est le nouveau tome de mon journal que j'ai commencé à publier il y a plusieurs années pour délivrer mes héritiers d'avoir la tentation de le détruire ou de le caviarder. Yogourt et Yoga est un recueil de textes qui forment un ensemble sur des thèmes politiques, religieux et littéraires. La publication simultanée de ces ouvrages, qui est une coïncidence, vient contrecarrer les idées fausses de ceux qui disent que Matzneff ne publie que son journal amoureux.

Votre journal a souvent été critiqué...
Un journal n'a de sens que si on n'y avoue que des choses inavouables. Le problème est qu'il y a aujourd'hui une tendance de nos contemporains à donner des leçons de morale. Il y a, à Paris, un certain nombre de pseudo-justiciers, de néo-inquisiteurs, qui passent leur temps à donner des prix de vertu en disant que tel écrivain est immoraliste et en dictant des pseudo-lois nous inculquant l'art et la manière de baiser, de manger ou de penser. Ce qu'ils peuvent dire, je m'en fous complètement. Un écrivain, c'est d'abord une écriture. Il doit être jugé sur son style, sur la musicalité de sa langue et non pas sur sa moralité.

Il paraît que Calamity Gab est le dernier tome de votre journal...
Les derniers tomes de mon journal intime m'ont valu des ennuis, je me suis fait beaucoup insulter. Je crois que j'ai ressenti aujourd'hui une certaine lassitude face à ces méchancetés. Comme disait Nietzsche : "Comment se fait-il que personne ne se sente blessé quand on m'insulte ?".

Que pensez-vous de cette étiquette qui vous colle à la peau ?
Les gens vous mettent des étiquettes pour vous déshonorer et vous disqualifier. C'est la passion que j'ai vécue dans les années 1970 avec Francesca, et que je raconte dans Les Moins de seize ans, qui est à l'origine de cette fausse image de pédophile. On ne peut pas dire qu'un homme, qui vit une histoire d'amour avec une jeune fille âgée de 15, 16 ou 17 ans, est un pédophile. Me comparer à ces salauds, ces ordures qui violent des enfants, je trouve ça monstrueux. Le but de la manoeuvre est de faire de moi un personnage infréquentable. Je n'ai jamais caché le fait que mes fiancées étaient plus jeunes que moi, mais ces amours ont été de vraies histoires.

Les éditions Julliard ont refusé de réimprimer Les Moins de seize ans qui étaient épuisés. Pourquoi ?
cet ouvrage, paru en 1974, a été très bien accueilli et il n'a jamais cessé d'être réédité. Les éditions Julliard m'ont informé qu'il ne serait pas réimprimé, compte tenu de l'actualité. Pour moi, c'est une atteinte à la liberté d'expression. En 2005, grâce aux éditions Léo Scheer, Les Moins de seize ans seront à nouveau disponibles.

Site Gabriel Matzneff - V. 2009 •
internautes connectés au cours de la dernière heure • Retour en haut de la page