Les Nouvelles Chroniques de Gabriel Matzneff


De Bello Gallico

Chronique du 27/01/2019

Entre l’Italie et la France est-ce une nouvelle Guerre des Gaules ou une tempête dans un verre d’eau ? Sergio Romano, le plus perspicace, lucide, commentateur italien de la politique étrangère et Michele Canonica, l’actuel président de la Dante Alighieri de Paris, ont naguère publié un beau livre sur ce salmigondis d’admiration et de rivalité, de jalousie et de condescendance que constitue l’amitié qui unit la France et l’Italie. Aujourd’hui, plus encore qu’hier, le torchon brûle.

Le président Macron fut d’une extrême maladresse lorsqu’il se permit, à propos de l’accueil des centaines de milliers d’Africains débarqués en Europe, d’accuser l’Italie de manquer du sens de l’hospitalité alors que durant de longues années ce fut la Marine militaire italienne, et elle seule, qui, dans l’indifférence absolue de l’Union européenne, repêcha, sauva, accueillit, soigna, nourrit ces désespérés. Ce jour-là, Emmanuel Macron, qui parle beaucoup, qui parle trop, a perdu, comme on dit familièrement, une bonne occasion de se taire.

Les politiciens et intellos de la gauche française furent jadis d’une extrême maladresse dans leur manière de venir en aide à l’assassin Cesare Battisti. Ce n’était vraiment pas aider cet homme que de le laisser se faire photographier buvant du champagne, dédicaçant ses polars ou dansant la samba, de fortifier ainsi sa choquante, honteuse manière de narguer ses victimes, de faire un bras d’honneur au peuple italien. Rendre un vrai service à Cesare Battisti eût été de le convaincre, quand il était pénard à Paris ou en Amérique du Sud, de présenter ses excuses aux proches de ses victimes, de se repentir de ses crimes. Assurément, après tout ce temps passé depuis l’époque des Brigades rouges, l’Italie l’aurait pardonné ; mieux, l’aurait oublié.

Cela dit, les Italiens, eux aussi, font parfois fausse route. J’aime beaucoup l’émission de Fabio Fazio, Che tempo che fa, une de plus attachantes de la télévision italienne, en particulier grâce à la présence de l’épatant Maurizio Crozza. Néanmoins, j’ai été surpris, l’autre soir, par les attaques d’une violence extrême portées en direct chez Fazio par une grosse légume du mouvement Cinq Étoiles, Alessandro Di Battista, contre la politique néocoloniale de la France ; accusations qui faisaient écho à celles du ministre Luigi Di Maio, lui aussi membre du parti Cinq Étoiles, qui affirme que la France appauvrit les pays africains avec son colonialiste Franc CFA ; est ainsi responsable de l’émigration massive des Africains en Europe.

Certes, nous avons en mai prochain les élections européennes, chaque politicien, qu’il soit nationaliste ou amoureux de l’Europe de Bruxelles, pose ses pions. Dans les trois mois à venir, tant en France qu’en Italie, nous aurons droit à une surenchère de propos excessifs. Nous ne pouvons guère espérer que les piques que s’échangent continuellement le président français Macron et le ministre de l’Intérieur italien Salvini aillent en s’apaisant.

Il existe toutefois une différence qu’il est important de noter. Salvini, qui a une sorte d’humour bon enfant qui plait, met en boîte Emmanuel Macron, il fait rire à ses dépens. Macron, lui, quand il attaque Matteo Salvini, prend un ton maladroitement pompeux, parle de démagogie, des périls que l’extrême-droite fait courir à l’Europe. Ce ton ennuie sans convaincre. Le général de Gaulle avait beaucoup d’humour, Georges Pompidou également. Et, cela va sans dire, François Mitterrand. Macron, lui, semble prendre exemple sur Giscard d’Estaing, le pédant qui se prenait au sérieux. Ce n’est pas le bon choix.

J’écris ceci en Italie. J’aimerais être fier de la politique de mon pays, la défendre quand mes amis italiens l’attaquent en ma présence. Hélas, ce n’est pas mon cas. Que faire ? De même qu’en Corse je n’avoue jamais être parisien, en Italie, j’évite de dire que je suis français. Parfois, à cause de mon accent, on me prend pour un Suisse de langue italienne. Je ne démens pas. Stendhal se voulait milanais. Être citoyen de Locarno ne me déplairait pas.

Gabriel Matzneff
www.lepoint.fr
23 janvier 2019


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