Les Nouvelles Chroniques de Gabriel Matzneff


Séraphin, c’est la fin !

Chronique du 06/02/2013

Il y eut en 1986 Le Sabre de Didi ; en 1995, Le Dîner des mousquetaires ; en 2002, C’est la gloire, Pierre-François ! ; en 2004, Yogourt et yoga ; en 2008, Vous avez dit métèque ?
Voici, en librairie depuis le jeudi 7 janvier 2013, mon sixième et dernier recueil de textes, Séraphin, c’est la fin !
Comme les précédents, Séraphin, c’est la fin ! est un salmigondis de brèves chroniques d’actualité et d’études où je développe ma pensée sur des thèmes qui me sont chers. Son titre me plait beaucoup (je suis d’une manière générale fier des noms que j’ai donnés à mes enfants). J’avais un moment pensé l’intituler Le Chant du départ, ou encore Liberté, liberté chérie, mais Séraphin, c’est la fin ! a eu ma préférence.
Ceux qui n’ont lu que mes romans et mon journal intime y découvriront un Calamity Gab soucieux de la res publica, un « écrivain engagé » (comme on disait à l’époque de Sartre et de Camus), un citoyen attentif à la vie politique, un polémiste qui défend avec flamme les causes et les idées qu’il croit justes.
Plus un artiste – qu’il soit écrivain, peintre, compositeur, cinéaste – a un univers intime prégnant, singulier, plus il demeure, par indifférence aux modes, obstinément lui-même, plus il est amené à se répéter, et c’est très bien ainsi. Dans Séraphin, c’est la fin !, c’est de manière délibérée que j’enfonce mes idées fixes, mes formules dans la caboche de mes lecteurs. Lorsque l’imbécile « nouvel ordre mondial » prôné par les pharisiens glabres d’Outre-Altantique et les excités barbus d’Arabie (qui, les uns et les autres, prétendent régenter nos mœurs, nous dicter ce que nous avons le droit de penser, d’écrire, de manger, de fumer, d’aimer) étend son ombre sur la planète ; lorsque le décervelage opéré par les media, les sales guerres de l’impérialisme américain, la bruyante omniprésence des mufles du tourisme de masse, les mercuriales des tartufes culs-bénits et des tartufes bouffeurs de curés, les prurigineux anathèmes des quakeresses de gauche et des psychiatres de droite, s’emploient à détruire tout ce qui constitue le charme et le sel de la vie, un écrivain épris de liberté a d’autant plus le devoir de se répéter que cette liberté est désormais tenue pour subversive, sulfureuse. Au risque de subir l’excommunication, nous devons demeurer fidèles à ce que nous sommes, oser être nous-mêmes, car seule cette audace fait de nos livres des livres véridiques, seule cette audace est créatrice de beauté.
Séraphin, c’est la fin ! Ce titre de mon nouveau livre témoigne que je ne nourris aucune illusion touchant l’avenir de la liberté, de la beauté, des diverses passions qui auront empli ma vie d’homme et inspiré mon travail d’écrivain. Du moins, jusqu’au bout, aurai-je persisté dans mon être.

Gabriel Matzneff
www.matzneff.com
7 janvier 2013


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