Les Nouvelles Chroniques de Gabriel Matzneff


Paul Morand, quarante ans après

Chronique du 03/12/2016

Ne préjugeons pas de l’avenir, mais à ce jour l’année 1976 fut, en ce qui regarde le climat, la plus chaude de ma vie. Le soleil auréolé d’un ciel bleu s’installa au-dessus de la France dès les premiers jours du printemps et y demeura sans broncher jusqu’à la mi-octobre. De mémoire de Parisien on n’avait jamais vu ça. De même que le cheval-blanc 1947 est le plus grand bordeaux du vingtième siècle, de même l’année 1976 fut pour M. Albert Richard, le vénéré directeur de la piscine Deligny, la plus faste.

Mon journal intime de l’époque, La Passion Francesca, me permet de préciser que l’été 1976 il ne plut que le 14 juillet. « Il pleut à verse », ai-je écrit ce jour-là. Le soleil est monarchiste, il n’a aucun goût pour les fêtes républicaines, et, soit dit par parenthèse, c’est pourquoi nos valeureux pioupious se font régulièrement saucer lorsqu’ils défilent sur les Champs-Elysées.

En revanche, les deux événements parisiens essentiels de cet inoubliable mois de juillet furent baignés de chaleur : le 27, les obsèques de Paul Morand à la cathédrale orthodoxe Saint-Etienne, rue Georges-Bizet, bel office sobre célébré par le métropolite Mélétios, exarque du patriarche de Constantinople ; le 28, au cloître des Billettes, rue des Archives, les débuts au théâtre d’une jeune élève de Jean Périmony : Fanny Ardant dans Le Maître de Santiago de Montherlant. Elle jouait le rôle de Mariana, Michel Favory celui de Don Alvaro, la mise en scène était de Jean Périmony, ce fut une représentation enchanteresse. Ce jour-là, je notai : « Dans l’air tiède de cette belle soirée d’été la voix nonpareille de Fanny Ardant me touche au suprême. »

Ni Montherlant ni Morand n’ont vu ce beau spectacle, n’ont vécu ces moments privilégiés. C’est cela qui est embêtant avec la mort : tout s’arrête soudainement. Je songeais à cela vendredi dernier, au cimetière du Père-Lachaise, lors des obsèques d’une jeune femme, Ariane. Oui, une très jeune femme, arrachée par les Parques à son mari, à ses deux petites filles, à ce qu’elle aurait pu et dû vivre. Montherlant, Morand eurent le temps de faire leur œuvre, de vivre tout ce qu’ils désiraient vivre. Je pourrais en dire autant de notre ami Claude Imbert, esthète, épicurien, esprit libre, une des meilleures plumes du journalisme français, pour le salut de l’âme duquel nous nous apprêtons à prier en l’église Saint-Sulpice.

Ce ne fut pas le cas de la jeune Ariane. « Ariane, ma sœur, de quel amour blessée / Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée… » Ariane, son époux, leurs deux fillettes avaient encore tant de choses à vivre ensemble. Dieu ne l’a pas voulu. Dieu ou le diable, nous pouvons légitimement hésiter sur l’identité du responsable de cette tragédie. Peut-être est-ce pour cela que cette cérémonie mortuaire fut une des plus bouleversantes auxquelles il m’ait été donné d’assister, et je n’étais pas le seul, je sais que ceux qui se trouvaient auprès de moi en cette salle de la Coupole – Bertrand Delanoë, Guillaume de Sardes - partagent ce sentiment. La jeunesse de la morte, la beauté de l’office religieux, les paroles si délicates, pudiques, justes de ton de notre ami qui venait de perdre la femme qu’il aimait, l’extraordinaire oraison funèbre prononcée par une jolie et pétrie de génialité jeune femme, Delphine Horvilleur, rabbin et amie intime de la défunte, ont fait de ces obsèques une expérience rare dont tous ceux qui ont eu le privilège d’y assister sont sortis spirituellement enrichis.

Ariane, Claude Imbert, nous les pleurons. Montherlant, Morand, morts l’un en 1972, l’autre en 1976, nous nous souvenons d’eux. La douleur de la séparation s’est apaisée, mais l’affection, elle, permane. Tacite a eu raison d’écrire que le vrai tombeau des morts est le cœur des vivants (je rends à son légitime propriétaire, Tacite, cette pensée souvent attribuée à Edouard Herriot). En ce quarantième anniversaire de sa mort, une jeune société de ses lecteurs, le Cercle Paul Morand, se prépare à honorer l’auteur d’Hécate et ses chiens et de Milady. Certes, Morand n’a pas besoin d’une soirée d’hommage. Lorsqu’on a écrit ces deux livres, cela suffit à la gloire, à l’immortalité. Cependant, comme le propre des âmes nobles est leur aptitude à l’admiration, leur goût de publier ce qu’ils doivent à leurs éveilleurs, réjouissons-nous de l’heureuse initiative du Cercle Paul Morand. Laissons l’oubli (ou l’affectation d’oubli) aux médiocres et aux renégats. Nous, résolument, demeurons fidèles à nos amitiés, à nos amours. Cette fidélité, c’est notre part la meilleure, notre parcelle de divin, notre victoire sur la mort.

Gabriel Matzneff

www.lepoint.fr
28 novembre 2016


Commentaires

1 - Le 03/12/2016 par Ratibus

Commentaire n° 120 du 13 août 2016 à la chronique "Daniélou, un viatique pour l'été", signé par Boudiste :

"Du journal de Paul Morand, nous ici on s'en fiche !"

Merci à Gabriel Matzneff d'avoir bravé l'oukase édicté par une personne (originaire de Bruxelles ?) se prétendant représentative de ses lectrices et lecteurs. La fin d'une imposture ?

2 - Le 03/12/2016 par I4 07 76

Je me souviens bien de cette pluie "bienfaisante" s'abattant sur les Champs, mais dont les gouttes étaient invisibles à l'écran du téléviseur noir et blanc. Vous nous aviez rendu jaloux, ce matin là cher Monsieur Léon Zitrone. Chez nous, nous avons dû attendre Septembre. Comme ce fut long ! La sécheresse n'était pas terminée bien que vous l'ayez souligné. Et M Matzneff dit bien qu'il ne plut Q U E le I4 Juillet

3 - Le 03/12/2016 par Marie-Julienne

Mais, enfin, pourquoi Paul Morand, 88 ans, est-il demeuré à Paris sous la canicule de juillet 1976 au lieu d'aller se reposer dans son château de l'Aile, au bord du Léman ? Et il fallait encore que tous les matins il allât se mettre en eau à la salle de sport de l'Automobile-club, place de la Concorde ! C'est là qu'un malaise le saisit. Il trouva malgré tout l'énergie de rentrer seul chez lui au volant de sa voiture. Deux jours plus tard, il était mort.

Dommage, à l'automne il était prévu qu'il parte à Venise escorté par Pierre-André Boutang et une équipe de télévision. Morand à Venise sur nos écrans ! Satanée canicule, va...

4 - Le 03/12/2016 par Lectrice indigne (sic)

... mais néanmoins perplexe vers 00:16 AM.

Cher Ratibus 1, est-ce bien honnête de retirer une exclamation quoique intempestive de son contexte ? Vous ne manquez pas d'air non plus !

Je recopie celle du Boudoir que vous évoquez : "Du journal de Paul Morand, nous ici on s'en fiche ! C'est celui de Matzneff qui nous intéresse. Quant au chiffre 8 de l'infini, plaise à l'Éternel que Gab-la-Rafale nous fasse au moins un doublé 88 !

5 - Le 04/12/2016 par Xavier

À 4) Disons que c'était un tantinet hors-sujet.

6 - Le 04/12/2016 par Ariane

@Marie-Julienne.

Vous voulez refaire l'histoire ?
Morand n'allait plus à Vevey depuis qu'il était veuf. La chaleur de cet été là l'accablait comme nous tous. Et je vous signale qu'il est mort en juillet 1976 !

Il faudrait lire ou relire le Journal inutile.

7 - Le 04/12/2016 par Marie-Julienne

@ Ariane, votre message me laisse perplexe... Vous me "signalez" que Paul Morand est mort en juillet 1976. Merci à vous, mais qui dit le contraire ? C'est précisément ce dont nous parlons ici : la mort de Paul Morand pendant la canicule de juillet 1976.

Quant à votre affirmation selon laquelle Morand n'allait plus à Vevey depuis la mort de sa femme Hélène, en février 1975, elle est tout simplement fausse. C'est même à l'hôtel de ville de Vevey, en mai 1976, qu'il fit sa dernière apparition officielle : le conseil communal lui décerna la bourgeoisie d'honneur de la commune. La cérémonie fut "d'une majesté classique" qui lui rappela " Oxford, le Temple londonien et la Chambre des Lords" (lettre de Paul Morand citée par Paul Louvier et Eric Canal-Forgues dans leur biographie de Morand parue chez Perrin).

Les deux biographes nous apprennent qu'après cette cérémonie, Morand fut tenté de partir pour les Antilles mais que, sur le conseil de son cardiologue, il resta sur le rivage du lac Léman. Que n'y séjourna-t-il aussi durant l'été au lieu de venir s'offrir à la mort dans la fournaise parisienne.

8 - Le 05/12/2016 par Anonyme

Que la Joie et la Beauté demeurent. Alléluia ! === > http://www.lepoint.fr/invites-du-point/gabriel-matzneff/matzneff-le-sang-des-martyrs-est-une-semence-05-12-2016-2088025_1885.php ¹

1. Le Dimanche ensoleillé du 4 décembre 2016 en compagnie de Gabriel Matzneff.

9 - Le 05/12/2016 par Comme vous êtes..

.. la plus gentille de la Terre, Chère numéro 8, pouvez-vous pour les pauvres et pas méchants garçons, faire des choses de communication, de transmission intégrale, comme dans le passé ? et je ne suis pas un flagorneur, quoique en disaient mes anciennes collègues, seulement un tout petit petit peu opportuniste. Je vous offre un très très grand Merci

10 - Le 05/12/2016 par J'espère

que vous comprenez mes taquineries. Il va de soi que je n'ai pas à être destinataire de l'article gratuitement. Surtout qu'il vient de sortir ce même jour

11 - Le 05/12/2016 par erreur 9

lire quoi qu'en disaient

12 - Le 06/12/2016 par Hier soir..

pour réchauffer tous les coeurs, j'avais mis en lien une très jolie vidéo. Des enfants russes qui chantaient Alléluia ! Elle n'y est plus ! Pensez-vous qu'elle puisse avoir été détruite par une quelconque anomalie informatique ? Puis-je la remettre ?

13 - Le 06/12/2016 par je la remets..

le naturel d'enfants !

14 - Le 07/12/2016 par Ratibus

Dans son magnifique "Mais la musique soudain s'est tue", Gabriel Matzneff cite cette phrase du livre de son amie Pauline Dreyfus sur Paul Morand : "Certaines nuits, quand il est écrasé par le remords de sa paresse et de son hédonisme..." (P. Dreyfus, "Immortel enfin", Livre de poche). L'auteur du "Galop d'enfer" s'y est-il reconnu ? Sans doute, mais ses nuits à lui sont également habitées par Dieu, le grand absent de l'oeuvre de Morand.
Par amour pour Hélène, et aussi pour Venise, l'auteur de "Rien que la terre" deviendra pourtant, sur le tard, fils de l'Église orthodoxe ; d'où ses obsèques évoquées par Gabriel Matzneff, l'été brûlant de 1976, en la cathédrale grecque Saint-Stéphane.

France-Culture rend hommage depuis lundi et jusqu'à jeudi à Paul Morand. Pauline Dreyfus s'exprimera aujourd'hui (lien).

P.S. @ Xavier : 90 % des commentaires laissés sur ce site étant hors-sujet, pourriez-vous avoir l'amabilité de préciser auquel vous faites référence dans votre (5) ?

15 - Le 08/12/2016 par un avis (à contredire)

Nous sommes tous plus ou moins hors-sujet, pas de relation directe avec le sujet, mais par la voie latérale, nous rejoignons le sujet, car comment, mais comment voulez-vous y échapper avec cet Ecrivain, dont les références indénombrables vont de la haute antiquité à notre monde contemporain. Je regardais hier des extraits de "Mais la musique soudain s'est tue".Mais c'est dingue ! D'Homère, Juvénal, Sénèque en passant par Casanova, Bossuet, Séraphin Lampion, Woody Allen, Europe 1, Michaël Jackson, etc...etc... En voilà un galop d'Enfer ! (jy)

16 - Le 08/12/2016 par Marie-Julienne

C'est dans le premier tome du Journal de Gabriel Matzneff, "Cette Camisole de flammes", que je découvris le nom de Paul Morand, et fus incitée à le lire. L'extrait cité par Ratibus (14) montre que ce nom est encore présent dans le tout dernier volume du Journal de Gab la Rafale. Il l'est sans doute aussi dans plusieurs autres. Voici, par exemple, un extrait de l'avant-dernier, les Carnets noirs 2007-2008, publiés par Léo Scheer :

« Je feuillette Rivarol. Dans un article consacré à la “droite littéraire”, Georges Laffly épingle un zozo qui prétend que Paul Morand n'a pas à son actif “l'oeuvre majeure qui le garantirait contre l'oubli”, (sic). À ce crétin, Laffly oppose “Hécate et ses chiens”, “Venises”. Comme il a raison ! Morand n'aurait-il écrit que ce bref roman qu'en 1959 Montherlant me conseilla de lire, et que je lus avec émerveillement, “Hécate et ses chiens”, il aurait droit à une place royale dans la littérature française de la première moitié du vingtième siècle. »

Je lis la citation de Boudiste mentionnée plus haut, en version courte (1) comme en version longue (4), et je me pose une question : le « zozo », le « crétin » en question ne se serait-il pas infiltré ici ?

17 - Le 08/12/2016 par @ 16 (Marie)

Je ne pense pas qu'il faille ainsi parler du numéro 1 ou 4 car personne, mais personne ne peut lui reprocher cette fidélité débordante d'enthousiasme à l'égard de Monsieur Matzneff. L'on peut ne pas être d'accord sur certains de ses commentaires ou appréciations, mais en aucun cas, on ne peut pas lui contester sa si extraordinaire passion. Je dis comme je ressens.

18 - Le 08/12/2016 par Marie-Julienne

@ 17, je veux bien croire que Boudiste soit un(e) sincère matznévien(ne) mais il n'en est pas moins déplaisant d'être associé à ses jugements personnels : "nous ici on..."

Pourquoi Boudiste ne se contente-t-il (elle) pas de s'exprimer en son seul nom, comme nous faisons vous et moi ?

19 - Le 08/12/2016 par @ 18(Marie)

C'est vrai aussi ce que vous dites. Peut-être est-ce aussi dû à l'ardeur de son implication ou engagement. Je pense que c'est inconscient. Elle semble faire corps avec le site. Comme vous d'ailleurs. Je l'ai déjà dit au mois d'août ou Septembre. Nous, on peut s'en aller, sauf vous deux.

20 - Le 08/12/2016 par Tiota Bepa C.

... a la mémoire qui flanche. Ma question brûlante du jour est : une bonne âme de la Matzneff-vie pourrait-elle "nous" rappeler dans quel ouvrage ¹ Gabriel Matzneff consacre tout un chapitre à l'importance d'un nom et prénom ? Il s'agit d'un auteur russe, je pense. (Cela fait huit ans que Clic Alias cherche itou...).

1. Maîtres et complices (1994 & 1999) ou Le Taureau de Phalaris (1987) ?

21 - Le 08/12/2016 par Chère Tiota Bepa C

Je ne saurai rechercher n'étant pas détenteur de ces deux ouvrages. J'ai vu dans un article que Monsieur Matzneff dit que ses yeux bleus ne furent pas l'unique succès auprès des dames, mais que son prénom hérité de l'Archange Gabriel y fut pour quelque chose grâce à la réputation de ce dernier, Messager de Bonnes Nouvelles. Il se trompe Monsieur Matzneff, car ces deux éléments accessoires ne sont pas déterminants.C'est ce qu'il a dégagé, qui a tout emporté. Mais il le sait bien.
Par le même article il est relaté que dans "Maîtres et Complices", il aurait évoqué le père de Schopenhauer baptisant son fils "Arthur",ce prénom s'écrivant de la même façon dans de nombreuses langues européennes

22 - Le 09/12/2016 par *

Merci de votre indice * involontaire, chère ou cher 21. Entretemps, Tiotia B.C. a retrouvé l'exemplaire qu'elle avait annoté lors de la première lecture de ce magnifique ouvrage essentiel à tout matznèvien qui se respecte - édité chez Lattès en août 1994 !

23 - Le 10/12/2016 par Je trouve..

..que Marie est le plus beau prénom qu'il soit pour une fille ! Une de mes petites soeurs (et pas commode) s'appelle Marie-Lys ! et nos parents à chacun de nous l'ont donné à chaque troisième prénom, garçons et filles

24 - Le 10/12/2016 par Lewis

@ Marie-Julienne (3) Certains sont vieux à 20 ans. Morand,lui, à 88 ans, ne pouvait se résoudre à mener une existence de retraité. Il semble aussi qu'après la mort d'Hélène, il eût moins envie de s'attarder ici-bas.

25 - Le 10/12/2016 par @ Cher Lewis

Je ne crois pas que l'on pense à sa fin dernière, si l'on fait du sport à 88 ans. La sensation d'immortalité ne peut que resplendir. Mais, mais au Bon Vouloir de Dieu... (J'ai vécu cela avec mon père de 85 ans, qui voulait être absolument et éternellement un jeune homme comme il nous disait.Il décida ainsi une opération du genou contrairement à notre avis, qui lui fut fatale)

26 - Le 10/12/2016 par Paix Deschoux de Machair

Au # 23 - alias Je trouve... À chacun(e) ses Marie(s) n'est-il pas ? - cf le lien supra. Magnifique !

27 - Le 10/12/2016 par Oh Oui !

Votre lien est magnifique. Nous en avons parlé ici, lorsqu'il est sorti vers le 14 août. Mais ne trouvez-vous pas qu'une fille qui se dénomme Marie ne puisse que refléter en partie l'âme de sa Sainte Patronne. Et rien que le prononcé ! Apaisement, joie, sourire, douceur, protection

28 - Le 10/12/2016 par Justement

À propos de Marie et son doux prénom...

29 - Le 12/12/2016 par Vous n'étiez pas là hier

30 - Le 02/06/2017 par katar

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31 - Le 11/06/2017 par Kohei

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