Les Nouvelles Chroniques de Gabriel Matzneff


Chapitre XII

Chronique du 24/02/2017

Les lecteurs attentifs de la rubrique « Infos » le savent : je m’apprête à retourner en Belgique où, le jeudi 2 mars, j’aurai la joie de présenter mon nouvel essai, Un diable dans le bénitier, qui vient de paraître chez Stock. Où aura lieu cette rencontre ? A Chapitre XII, une des plus célèbres librairies de Bruxelles, une des plus belles aussi.

Enfant, adolescent, à l’époque où j’avais des chevaux et montais en concours hippique, chassais à courre, j’étais déjà venu en Belgique, mais de ces temps lointains mon journal intime, que j’ai commencé d’écrire le 1er août 1953, douze jours avant mon dix-septième anniversaire, ne garde aucune trace.

Le premier séjour bruxellois qui apparaît dans mes Carnets noirs, pour être précis dans le volume intitulé Elie et Phaéton, est celui que j’y fis en octobre 1972. Un séjour essentiel puisque, lié d’amitié avec Hergé et Fanny depuis décembre 1964, si je les avais revus plusieurs fois à Paris, ce fut la première fois que j’eus le privilège de déjeuner chez eux – ils habitaient alors rue du Vert Chasseur -, de visiter avec Hergé les Studios de l’avenue Louise, d’y découvrir avant tout le monde les premières planches de l’album qui en 1976 paraîtrait sous le titre Tintin et les Picaros. J’ai, si ma mémoire est bonne, détaillé cela dans Maîtres et complices.

Séjour également essentiel pour une autre raison : il allait être le dernier où je pris la parole à un congrès de la jeunesse orthodoxe. A l’époque, j’étais, comme on dit, très « engagé » dans la vie de l’Eglise orthodoxe, en particulier à l’émission télévisée Orthodoxie et au Comité de coordination de la jeunesse orthodoxe, mais avec mon divorce ma vie ecclésiale allait dans les mois qui suivirent voler en éclats.

Aujourd’hui, je suis un orthodoxe quasi clandestin et bien que mes livres aient permis à de très nombreux lecteurs (et lectrices) de rencontrer l’Eglise et le Christ, vous ne lisez jamais mon nom dans les revues ou sur les sites Internet de l’Eglise orthodoxe. J’y suis persona non grata. Je me console en songeant que vous n’y trouvez pas davantage ceux de Basile Rozanov et de Nikos Kazantzaki, qui sont, eux aussi, des auteurs orthodoxes réputés peu orthodoxes, des scandaleux hérésiarques.

Dans Un diable dans le bénitier, l’Eglise est néanmoins présente ; et le sont aussi Hergé et les aventures de Tintin et Milou, mes éternels compagnons de route, mes complices, mes amis. Voilà, n’est-ce pas un joli trait d’union entre mon séjour bruxellois d’octobre 1972 et celui que je m’apprête à vivre en mars 2017. Entre ces deux dates, s’étend la période la plus mouvementée de mon existence. La plus créative aussi, de Nous n’irons plus au Luxembourg à La Lettre au capitaine Brunner.

Plus un artiste a une vie passionnée, plus il est prisonnier de ses obsessions, de ses idées fixes. Dans un certain sens, les thèmes qui nourrissent Un diable dans le bénitier, essai écrit entre 2013 et 2016, se trouvent déjà dans le premier volume de mon journal intime, Cette camisole de flammes, qui recouvre les années 1953 à 1962. Romans, poèmes, essais, récits, journal intime, genres littéraires confondus, j’ai toujours écrit le même livre, au sens où l’on peut dire que Fragonard a toujours peint le même tableau, Fellini tourné le même film.

En ce qui regarde mes essais, j’avais dit en 1997 que De la rupture était mon testament spirituel. Je puis le dire aussi en 2017 d’Un diable dans le bénitier. Et j’aurais pu avec autant de raison le dire en 1984 de La Diététique de lord Byron.

Je change peu. Je suis celui que j’étais à l’âge de douze ans. Cela dit, mes souffrances, mes épreuves ont approfondi la connaissance que j’ai du cœur humain, et un incessant travail, un opiniâtre désir d’atteindre à la perfection m’ont au cours des années fait progresser dans la maîtrise de mon art, qui est l’art d’écrire. C’est pourquoi, bien que l’amour de la liberté, l’amour des jeunes personnes, l’amour de l’Italie, l’amour du paganisme gréco-romain, l’amour du Christ, l’amour de la langue française, le slavophilisme, l’obsession du suicide, qui sont quelques-uns des thèmes d’Un diable dans le bénitier, soient déjà ceux de mon premier essai, Le Défi, paru en 1965, j’ose espérer que mon dernier enfant est plus nourrissant, plus captivant que celui avec lequel je fis mon entrée dans la vie littéraire. Nous en parlerons, si vous le voulez bien, le jeudi 2 mars chez cette grande libraire qu’est Monique Toussaint, à Chapitre XII.

Gabriel Matzneff
www.matzneff.com
24 février 2017


Suite aux dérives récentes, et à la demande de Gabriel Matzneff, les commentaires passés ont été supprimés et il n'est plus possible d'en ajouter de nouveaux

Site Gabriel Matzneff - V. 2009 •
internautes connectés au cours de la dernière heure • Retour en haut de la page