Les Nouvelles Chroniques de Gabriel Matzneff


Mon candidat se porte bien

Chronique du 20/04/2017

En 2012, et récemment encore, ma défense et illustration de Jean-Luc Mélenchon suscitait chez les gens qui m’aiment un sourire amusé ; chez les gens qui ne m’aiment pas des ricanements. Depuis quelques semaines, les sourires ont disparu et plus personne ne ricane. Si Mélenchon a longtemps été un candidat pour happy few, il est aujourd’hui celui d’une bonne partie du peuple français, et ceux qui s’apprêtent à voter pour lui le 23 avril forment une foule aux enrichissants contrastes : jeunes et vieux ; croyants et agnostiques ; républicains et monarchistes ; gaullistes et anarchistes ; slavophiles et tiers-mondistes ; écrivains et ouvriers. Bref, un large éventail.

N’appréciant pas la tonalité fascisante de certaines attaques contre Emmanuel Macron, j’ai pris ici sa défense (« Vous avez dit Rothschild ? », 13 mars 2017), mais, même si je n’étais pas un pro-Mélenchon, j’hésiterais à voter - si jeune, sympathique, brillant qu’il puisse être - pour un candidat qui, le 17 avril dernier, à l’émission « Entretien d’embauche » de Jean-Jacques Bourdin, a déclaré que l’URSS totalitaire et la Russie d’aujourd’hui c’est kif-kif bourricot ; s’est déclaré admirateur de la politique d’allégeance à l’OTAN et à Washington qu’incarnent le désastreux Hollande et le lamentable Eyrault. Pour les partisans de l’alliance franco-russe, les laudateurs d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural, dont je suis, la vision géopolitique d’Emmanuel Macron constitue un irrémédiable révulsif.

Certes, Mélenchon et Macron ne sont pas les seuls candidats. Jean Lassalle, toujours à l’émission de Jean-Jacques Bourdin évoquée ci-devant, a su parler de la langue française en des termes qui m’ont ému et qui, à eux seuls, pourraient me décider à mettre, le 23 avril, un bulletin portant son nom dans l’urne. Philippe Poutou a un sourire malicieux et ne manque pas d’esprit.

Les autres me plaisent moins. Avec sa voix sifflante et son ton de frénétique froid, le petit Hamon me fait penser à un commissaire soviétique style Guépéou 1922. Le style coupeur de têtes. Marine Le Pen est hostile au droit du sol et à une loi sur le droit au suicide assisté dont je suis un farouche défenseur. François Fillon est en politique étrangère proche de mes idées mais pour le reste il a un côté Travail, Famille, Patrie qui, je le confesse, ne m’enthousiasme pas. Lorsque j’avais cinq et six ans j’ai chanté à l’école « Maréchal nous voilà », merci, j’ai déjà donné.

Donc Jean-Luc Mélenchon. Un esprit libre. Un homme politique qui aime les écrivains, qui protégera les éditeurs et les libraires. Ceux de mes amis qui sont très riches ne partagent pas mon enthousiasme, je les comprends ; et c’est pourquoi, si Jean-Luc Mélenchon est élu, je lui demanderai de témoigner une bienveillance spéciale aux mécènes, c’est-à-dire aux gens riches qui soutiennent les artistes (peintres, écrivains, cinéastes, etc.), les libèrent du souci du gagne-pain, leur permettent de créer avec insouciance.

Que nous soyons de droite et de gauche, nous avons tous la nostalgie de Marc-Aurèle, l’empereur philosophe. Nous sommes quelques-uns qui avons aussi celle de Laurent de Médicis, le prince mécène.

Gabriel Matzneff
www.lepoint.fr
19 avril 2017


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