Les Nouvelles Chroniques de Gabriel Matzneff


Macron et Mélenchon, même combat ?

Chronique du 27/06/2017

Nous sommes nombreux qui déplorons d’avoir été privés, au second tour de l’élection présidentielle, d’un débat entre Macron et Mélenchon. C’eût été le bel entretien de deux lettrés, de deux civilisés ; le duel de deux gentilshommes ; une leçon de dialectique républicaine à l’usage des jeunes générations.

Partisans déconfits de Mélenchon, nous puisons un réel réconfort dans son entrée à la Chambre des députés. Certes, le Palais-Bourbon n’est pas l’Élysée, mais c’est une chaire d’où un tribun peut se faire entendre et s’inscrire dans la mémoire de la Nation. Le temps passe, mais les noms de Mirabeau, de Danton, de Lamartine, d’Albert de Mun, de Jaurès, de Tixier-Vignancour nous demeurent familiers et leurs célèbres voix ne cesseront jamais de résonner entre les murs de l’Assemblée nationale.

Dans l’ancienne Rome les tribuns étaient les magistrats chargés de défendre les droits et les intérêts du peuple. Nous avons appris cette définition en classe de latin, à l’âge de dix ans, et nous ne l’avons pas oubliée tant sa force et sa concision nous frappèrent. Une pareille définition suffit à infuser à un cœur généreux le goût de la res publica, des batailles civiques.

Je suis persuadé qu’en ce qui regarde le code du travail, les droits acquis, la défense des salariés (soit dit par parenthèse, moi qui n’ai jamais reçu le moindre salaire, je m’étonne qu’on parle toujours de la défense des salariés, jamais de celle des infortunés citoyens qui ne le sont pas), Jean-Luc Mélenchon saura, de sa voix de bronze, combattre les sectateurs du libéralisme et du cynisme capitaliste. Sur ce point, nous pouvons lui faire confiance, nous aurons droit à des joutes oratoires endiablées.

En revanche, pour ce qui touche la politique étrangère, j’imagine que c’est avec une certaine perplexité que Jean-Luc Mélenchon a lu la longue interview que jeudi dernier le président de la République a donnée à plusieurs quotidiens européens. En effet, Emmanuel Macron, présenté par ses adversaires durant la campagne électorale comme le candidat des Etats-Unis, y exprime sur les catastrophiques guerres américaines d’Irak, d’Afghanistan, de Libye, de Syrie les idées qui furent toujours les nôtres, que nous fûmes un certain nombre à défendre dans les colonnes du Point, que Jean-Luc Mélenchon fit siennes lors de ses deux campagnes présidentielles, en 2012 et en 2017.

Pour ceux qui n’auraient pas lu cette interview d’Emmanuel Macron, je recopie ici les lignes de mon journal intime qu’elles m’ont inspirées :

Jeudi 22 juin.
Au Corriere della Sera, longue interview d’Emmanuel Macron.
« L’Europe n’est pas un supermarché, c’est un destin commun. »
C’est exactement ce qu’à Prague, l’été 1964, j’écrivais dans mon journal intime ; ce que l’année suivante j’écrirai dans mon premier livre, Le Défi.
L’Europe des marchands de bretelles ; l’Europe de Dante et de Dostoïevski.
Macron a dit également ceci que je pourrais signer :
« La France n’a pas pris part à la guerre d’Irak, elle a eu raison ; et elle a eu tort de faire la guerre de Libye. Le résultat de ces guerres a été la destruction de l’Etat et le pullulement des groupuscules terroristes. »
Quant à Bachar El Assad, Macron pense, comme moi, que c’est le peuple syrien, et non les puissances étrangères, qui décidera s’il reste au pouvoir ou s’il doit se retirer.
Cette communion de vues me réjouit.

Voilà ce que j’ai noté jeudi dans mon carnet noir. Si Jean-Luc Mélenchon tient, lui aussi, son journal intime, il aura sans doute écrit la même chose. Je suis impatient d’entendre son premier discours de politique internationale à la tribune du Palais-Bourbon.

Gabriel Matzneff
www.lepoint.fr
26 juin 2017


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