Les Nouvelles Chroniques de Gabriel Matzneff


Rentrée littéraire

Chronique du 05/10/2017

Tout au long de ma vie, j’ai reçu des lettres de jeunes lecteurs (je dis bien des lecteurs, mes jeunes lectrices, elles, ne m’écrivent jamais des lettres de ce genre) qui me disent envier ma vie oisive, mon existence de paresseux indépendant, d’électron libre.

Indépendant, certes, libre, assurément. Paresseux et oisif, pas le moins du monde, et les types qui me font des remarques de ce genre n’ont pas la moindre idée de ce qu’est la vie d’un artiste, qu’il soit écrivain, peintre ou sculpteur ; la somme de travail et de temps qu’exige la création. J’ai commencé à travailler très tôt et depuis lors je n’ai jamais cessé. Cette année encore, à un âge où la quasi-totalité de mes compatriotes jouissent d’un repos bien mérité, je publie trois livres : le premier, un recueil d’essais intitulé Un diable dans le bénitier est paru en janvier aux Éditions Stock ; les deux autres sont un recueil de poèmes inédits, Les Eaux du Léthé, et un nouveau tome de mon journal intime, La Jeune Moabite.

Les Eaux du Léthé est en vente depuis quelques jours. Ce livre, tiré à cent-dix exemplaires, est vendu par souscription aux Editions du Sandre, la maison d’édition qui en 2010 a publié le Gabriel Matzneff collectif.

Un tirage réduit à l’extrême. Réservé à celles et à ceux pour qui mes livres sont essentiels, font partie de leur vie. Dix exemplaires à 600 euros et cent exemplaires à cent euros. Pour les dix exemplaires à 600 euros, c’est trop tard, ils ont tous été vendus en moins d’une semaine. Il reste encore des exemplaires à 100 euros. Pour souscrire, il faut s’adresser aux éditions du Sandre : contact@editionsdusandre.com.

Il s’agit de cinquante-trois poèmes inédits, composés entre 1959 et 2016. Le premier, je l’ai écrit pendant la guerre d’Algérie, à l’époque où, à Cherchell, quelques mois avant mon incorporation, je faisais de l’épigraphie latine et écrivais mon essai sur le suicide chez les Romains ; le dernier, commencé en décembre 2015 au service de chirurgie vasculaire de l’Institut Montsouris, fut achevé au printemps 2016, sur la côte ligure, à Bordighera, où j’étais en convalescence. 1959-2016, Les Eaux du Léthé recouvre une vie entière.

Le nouveau volume de mon journal intime, lui, ne sera en vente que le 16 novembre. La Jeune Moabite paraîtra dans la collection Blanche aux éditions Gallimard. Ce sont des carnets noirs récents qui forment la suite de Mais la musique soudain s’est tue : ils débutent le 24 septembre 2013 et prennent fin le 12 août 2016, jour de mon anniversaire. L’ouvrage fera 700 pages. Autant dire que, sortant en librairie à la mi-novembre, il forme à mes yeux l’idéal cadeau de Noël, beaucoup plus original que le nième bouquin d’art sur les Impressionnistes. Un cadeau de poids, dans tous les sens du terme.

Je n’ai pas, assurément par pudeur, précisé que les éditions du Sandre présentent Les Eaux du Léthé comme un recueil de poèmes érotiques ; en revanche, pour stimuler votre curiosité, votre impatience, voici, en avant-première, le quatrième de couverture de La Jeune Moabite :


« Les livres sont écrits, les amours qui en furent les inspiratrices se sont apaisées, Gabriel Matzneff, toujours prompt à s’enflammer telle l’étoupe, s’ennuie. Cette vie calme ne correspond pas à l’idée qu’il se fait du bonheur. Certes, après l’avoir longtemps ostracisé à cause de ses mœurs réputées peu orthodoxes, la société lui décerne en 2013 le prix Renaudot pour un essai ; en 2015, le prix Cazes pour son neuvième et dernier roman ; mais ces tardifs lauriers, même s’ils lui font plaisir, ne sont pas des remèdes à sa mélancolie. Son désir d’ivresse réclame une liqueur bien plus forte.
« Le 15 février 2014, dans une ville de province, une lycéenne fait irruption dans sa vie. L’année suivante, quand elle arrive à Paris, s’inscrit à la fac, ils deviennent amants. Elle a dix-neuf ans, lui soixante-dix-neuf. C’est la jeune Moabite du Booz de Victor Hugo. Leurs amours ne dureront que quelques mois, mais elles rendent à Gabriel Matzneff allégresse, confiance en son pouvoir de séduction, goût de son destin.
« Ce sont des années où, pris d’un mouvement incessant, il voyage beaucoup, surtout en Italie : Bordighera, Rome, Zagarolo, Trieste, Venise, Naples, escorté par ses éternels compagnons de route : Horace, Galiani, Casanova, Schopenhauer, Byron.
« De l’aventure, des réflexions politiques, une somme d’observations sur les jeunes filles, un goût très sûr pour la langue française, un christianisme solaire vécu comme l’héritage d’Apollon et de Dionysos, le dandysme élevé au rang de philosophie : pour Gabriel Matzneff, le journal intime, c’est la vie à bout portant. »


Gabriel Matzneff
www.matzneff.com
5 octobre 2017


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