Les Nouvelles Chroniques de Gabriel Matzneff


Amis italiens, aux urnes !

Chronique du 01/03/2018

Paolo Modugno, que connaissent tous les étudiants de Sciences’ Po, tous les Parisiens cinéphiles amoureux du cinéma italien, tous ceux, dont je suis, auxquels il a fait découvrir et aimer la chanson napolitaine, se présente aux élections législatives du 4 mars sur une liste du Parti Démocrate dont Matteo Renzi est le secrétaire général.

Je forme le vœu que les Italiens qui, vivant en France, votent soit par correspondance soit au consulat se prononcent en sa faveur. Ceux qui savent la médiocre sympathie que je nourris pour les sociaux-démocrates ne doivent pas s’en étonner. Certes, la social-démocratie française, depuis toujours (au moins depuis le sinistre Guy Mollet qui la dirigeait lorsque, dans mon adolescence, se sont éveillées mes passions civiques) à genoux devant l’impérialisme américain, n’est pas ma tasse de thé, mais Paolo Modugno, esprit libre, homme lettré, amoureux des beaux-arts, épris de beauté et de liberté, passionné par la transmission de notre patrimoine intellectuel et artistique, n’a rien de commun avec le catastrophique Guy Mollet, avec le catastrophique François Hollande. J’ajoute : Matteo Renzi et le président du Conseil Paolo Gentiloni n’ont, eux aussi, rien à voir avec ces funestes figures du socialisme français.

Paolo Gentiloni aura été un excellent président du Conseil, un des meilleurs qu’ait connus l’Italie depuis trente ans, droite et gauche confondues. Matteo Renzi, lui aussi, après avoir pris le pouvoir dans des circonstances spécialement difficiles, n’a pas démérité. Il a déçu la gauche (il a surtout excité la jalousie de ses vieux crabes institutionnels), il a déçu la droite (au début, Silvio Berlusconi se plaisait à croire que Matteo Renzi, nonobstant son étiquette de gauche, était un de ses fils spirituels), mais, vu de Paris, ce désamour des Italiens pour celui que Giuliano Ferrara, le plus cultivé, intelligent et lucide des journalistes italiens, appelait en 2015 The Royal Baby, est excessif et injuste. Que Paolo Modugno se présente sous l’étiquette du Parti démocratique ne me gêne donc pas. Si j’étais italien je le voterais sans la moindre hésitation, senza se e senza ma.

Au demeurant, sous quelle autre étiquette Paolo Modugno aurait-il pu, ou dû, se présenter ?

Le président du Sénat, le médiocre Pietro Grasso, a créé un groupuscule de gauche pure et dure, « Libre et égaux », dont l’unique but est de voler des voix à Matteo Renzi. Ses chances sont quasi nulles, mais son pouvoir de nuisance ne l’est pas. Je viens de voir sur une chaîne de télévision son spot électoral. Plus « politiquement correct », plus niais que ça, tu meurs ! C’est hélas la raison pour laquelle il peut plaire aux crétins.

Moins sot, mais dans son genre mêmement gratiné, est le spot de CasaPound, parti d’extrême-droite dont la notoriété est essentiellement due à la bonne idée qu’eurent les responsables, créant leur mouvement, de lui donner le nom d’un grand poète américain. Spot majestueux, voire solennel, style Mussolini, qui met en scène le chef du mouvement, Simone Di Stefano. Certes moins bête que celui de Pietro Grasso, mais seuls des électeurs résolument d’extrême-droite votant CasaPound leur vote ne peut être que protestataire, sans la moindre espérance d’accéder au pouvoir. Autant amener sa petite amie à Venise et déposer des fleurs sur la tombe d’Ezra Pound au cimetière Saint-Michel.

Par la faute des criminelles guerres des États-Unis, hier contre les présidents Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi, aujourd’hui contre le président Bachar el-Assad, l’Italie est depuis des années envahie de manière ininterrompue par des populations venues d’Afrique et du Proche-Orient. Une invasion qui, c’est compréhensible, inévitable, suscite des peurs, des rejets xénophobes. D’où le durcissement droitier de l’actuelle campagne électorale. Merci, monsieur Bush, merci monsieur Obama !

Certains électeurs qui ont perdu confiance en Matteo Renzi pourraient être tentés, le 4 mars, de voter en faveur de la coalition de droite. Somme toute, Berlusconi est rassurant. Une sorte de sympathique vieux papa gâteau. Cependant, chacun de nous, qu’il soit de droite ou de gauche, sait que même si Matteo Salvini, Silvio Berlusconi et Giorgia Meloni (qui constituent le triumvirat de cette union boiteuse) triomphaient, ils sont des antipodes, ils n’ont pas deux idées en commun. S’ils accédaient au pouvoir, leur fragile union ne tarderait pas à éclater, déchirée par ses contradictions, et il n’est pas nécessaire d’avoir écrit une thèse de doctorat sur Karl Marx pour le comprendre.

Reste le mouvement Cinque Stelle, les Cinq Étoiles, et sur ce point je vous renvoie, n’ayant pas un mot à y modifier, à la chronique intitulée « « Connaissez-vous Di Maio ? » que j’ai publiée dans ces colonnes le 25 septembre 2017. Ce jeune Di Maio, avec sa tête de premier communiant, je ne l’imagine pas président du Conseil. Certes, l’anarchiste qui en moi ne dort jamais que d’un œil s’amuserait d’une spectaculaire victoire des Cinq Étoiles, vive le chaos !, mais je ne suis pas certain que ce soit, en 2018, ce dont l’Italie a besoin. Italiens de France, voter Paolo Modugno me semble plus sérieux.

Gabriel Matzneff
www.lepoint.fr
27 février 2018


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