De la rupture

Le Testament sentimental

Par Alexandre Renaud, Royaliste, 21/04/1997

Déchirement ou renaissance, la rupture est une transition douloureuse qu'il convient de savoir appréhender, car elle est une condition inéluctable de toute progression spirituelle ou sentimentale. S'adressant à un filleul, Gabriel Matzneff le prépare ainsi à la vie...

De la Rupture vous laisse sur une étrange impression. Il semble porter une mélancolie à laquelle Gabriel Matzneff ne nous avait pas habitué. L'on a la sensation que la boucle se referme sur le jeune homme de Cette camisole de flammes. Il a respecté son engagement de ne vivre toujours que dans le refus de se plier au confort bourgeois, intellectuel et pratique. C'est électrique, c'est angoissant. Parfois, l'on saute quelques lignes ou une page entière. Par endroit, Gabriel Matzneff conserve le don d'être aussi séduisant qu'insupportable. Son propos se fait excessif, mais les excès vont en tout sens et s'équilibrent, frisant avec e fanatisme ou la folie, sans y sombrer jamais. Privilège de poète. Talent de plume.
L'on sent partout dans ce livre, le poignard de la nostalgie, qui donne l'impression forte que cette rupture générale est avant tout celle de l'auteur. Impression qui semble se confirmer avec la douloureuse affirmation que cet essai sera le dernier. Le libertin tourne plus que jamais son regard vers la quiétude régulière des moines et des ascètes. Et se mêle aux tourments insaisissables de la nostalgie, le vent léger d'une plénitude spirituelle ascendante. Mais il n'est pas question de reniement, ce livre n'est pas le repentir de Casanova. A contraire, la rupture avec la matière ne vaut véritablement que pour celui qui en connaît les infinies voluptés (et quel terme est plus infiniment matznévien que celui-ci). Nous sommes moins loin des passions déchirantes des amants d'Ivre du vin perdu qu'il n'y paraît. Car l'auteur a voulu que son dernier essai soit l'affirmation définitive de son Unité, forte d'un profond engagement spirituel et d'une insatiable quête de volupté. D'ailleurs, le dictionnaire ne nous dit-il pas que la volupté caractérise indistinctement un vif plaisir physique ou moral ?
Matzneff est un homme prudent, au sens grec que connaît ce terme. Les principes ne sont rien si l'on n'a pas l'intellignece de les adapter aux situations. Des amours, de l'amitié, de la Foi, l'auteur ne nous donne pas de vision définitive, mais une somme d'impressions. Ce livre est le carnet de voyage d'un homme sensible au milieu de la vie. Il y a nu temps pour être magnanime, un autre pour combattre, un temps pour aimer éperdument et un pour renoncer aux déchirements passionnels. Tout est affaire d'intuition, de profond respect de soi et de l'autre. Les ruptures, qu'elles soient sentimentales ou spirituelles, sont à chaque fois une situation inédite. Le reste se fait presque naturellement, explique l'auteur à son filleul, en le revoyant à ses propres sensations.
Puisse Gabriel Matzneff ne pas tenir son engagement de signer là son dernier essai...

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