C'est la gloire, Pierre-François !

Gabriel Matzneff - Décadent magnifique

Par ??, Paris Match, 07/05/2002

Romancier, essayiste, journaliste, son style ciselé séduit mais son goût pour les très jeunes filles dérange. Peu lui importe.

"C'est la gloire, Pierre-François !", drôle de titre pour un recueil d'articles...
C'est une allusion à Lacenaire par le truchement d'Arletty et des "Enfants du paradis". Comme moi, il avait mauvaise réputation, mais comme moi, il était en réalité très très gentil... C'est aussi un clin d'oeil au cinéma. J'étais un mac-mahonien en culottes courte qui se précipitait dès l'âge de 10 ans sur la quasi-totalité des films à l'affiche de cette salle. Je dois avouer que je vois plus de films que je ne lis de livres...

Avez-vous regretté d'être toujours en marge de l'opinion dominante?
Jamais. C'est beaucoup plus agréable. La vie ne vaut d'être vécue que comme ça. Mais c'est la source de bien des difficultés matérielles. Je n'ai pas la situation sociale qui correspond à ma notoriété. Je crois être très connu, mais j'ai une vie très bohème.

Vivez-vous de votre plume?
Je ne vis que de ma plume et de mes droits d'auteur. Contrairement à beaucoup de mes confrères, je ne travaille plus pour aucun journal ni aucune maison d'édition. Aujourd'hui, j'habite un studio de 34 mètres carrés et je n'ai ni voiture ni résidence secondaire. J'ai toujours été cigale, matériellement c'est difficile mais je ne me résoudrais pas à me métamorphoser en fourmi. Epicure dit que le bonheur c'est de boire un verre d'eau fraîche...

Ne craignez-vous pas qu'on ne retienne de vous que vos préférences sexuelles pour les jeunes filles plutôt que vos livres?
Ceux qui essaient de me réduire à cette étiquette calomniatrice et infamante ne m'ont jamais lu. Les autres savent que mes livres parlent de mille autres choses. Rendez-vous dans cinquante ans... La femme qui partage ma vie a aujourd'hui 20 ans. Je l'ai connue quand elle en avait 17. Elle était très amoureuse de moi et réciproquement. La jeune fille en question a fait plus de la moitié du chemin en ma direction. Lorsqu'il y a une rencontre entre un homme d'âge mûr et une fille de 15, 17 ou 20 ans et qu'il se passe quelque chose entre eux, c'est à elle de faire les plus gros efforts.

Pourquoi?
Parce qu'elle doit vaincre ses propres réticences, celles de ses camarades et de ses parents. Toutes mes histoires d'amour ont toujours été paroxistiques. Enfin, ce que vit un écrivain, cela n'a pas d'importance, ce n'est que "le misérable tas de secrets" dont parle Malraux. La seule chose qui compte, c'est ce qu'il en fait dans ses livres. Je n'accepterai d'être jugé que là-dessus.

Qu'est-ce qui aujourd'hui vous semble amoral?
[Il hésite longuement.] Celui qui fait gras le Vendredi saint non pour bouffer du curé et marquer son anticléricalisme mais par ignorance et indifférence. L'amoralisme c'est de ne plus avoir de repères et de vivre comme des invertébrés. L'amoralisme, c'est l'avachissement.

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