Les Emiles de Gab la Rafale

Les Émiles de Gab la Rafale

Par Alfred Eibel, Valeurs Actuelles, 23/09/2010



A la fois sérieux et ironique, il nous offre ses épigrammes, mémos, samizdats, adressés à bon nombre d’amis, d’amantes, d’amies. Sa qualité première ? La franchise. Avec l’âge, doit-il se dire, aucune raison de ménager l’adversaire. Il n’est jamais trop tard pour mettre les pieds dans le plat. Agrippa d’Aubigné écrivait : «Le courtisan ravi de sa vaine louange / Voudrait, comme le paon, être parsemé d’yeux », une catégorie d’individus dont Matzneff se tient à distance. S’il ne stigmatise personne, il épingle à l’occasion, déclarant que l’énergumène ne l’a pas volé. Il se moque du galimatias, des pompeuses déclarations ; fidèle, toujours, envers ses amis, ne reniant rien de ce qu’il a écrit. S’il voyage, c’est pour fuir le coeur de Paris ; ne plus avoir des hauts-le-cœur.

Il défend l’amour international dans le sillage d’une Arletty, déplore la bêtise crasse de l’Occident, se montre éveilleur plutôt que guide ; sec, prompt, vif dans ce qui l’oppose, ne ménageant pas sa monture, déclarant : « Je suis fauché mais j’ai toujours vécu comme si j’étais riche. » Chez lui, indéniablement, une joie de vivre, assombrie cependant par ce constat : « une crétinisation générale de la planète, un répugnant abêtissement de la société ». On va lui reprocher une fois de plus un plaidoyer pro domo, est-ce si grave, docteur ! Il arrive que l’on ne soit pas toujours de son avis, qu’importe, reconnaissons-lui de l’allure, du panache, un style, une vitesse, un enthousiasme, qui nous divertissent, nous changent, de tant d’écrivains guindés. On aurait tort de faire la fine bouche devant tant d’éclat.

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