Séraphin, c'est la fin!

Séraphin, c'est la fin !

Par Vincent Roy, Transfuge, 01/03/2013

En 1969, dans Comme le feu mêlé d'aromates (La Table Ronde), Gabriel Matzneff écrivait: « A l'opposé de la plupart des gens dont toute l'application est à paraître ce qu'ils ne sont pas, nous devons nous attacher sans trêve à cerner celui que nous sommes, au risque d'être taxé d'égotisme: en cette rencontre, il faut savoir être supérieur à l'approbation. » CQFD. En 2013, dans la préface de Séraphin, c'est la fin!, son sixième et dernier recueil de textes critiques, il lance : « Au risque de subir l'excommunication, nous devons demeurer fidèles à ce que nous sommes, oser être nous-mêmes, car seule cette audace fait de nos livres des livres véndiques, seule cette audace est créatrice de beauté. »

A l'instar de saint Grégoire de Nysse, le styliste Matzneff (l'un des plus magistraux) sait que l'âme montre sa royauté dans la libre disposition de ses désirs; sur eux, il ne cède pas, jamais. Voilà le prix de son œuvre, sa richesse, sa singularité. Qu'il nous parle de Rozanov, de Schopenhauer, de Kadhafi, de l'ecclésiologie, de Jacques Perret, du message philocalique, de Casanova (texte admirable), ou de la censure (texte important), Matzneff ne parle que de Matzneff, c'est-à-dire d'un écrivain « épris de liberté » - laquelle est désormais tenue pour subversive et sulfureuse. C'est ainsi qu'il cogne, et avec quelle fougue, sur « l'imbécile nouvel ordre mondial » prôné ensemble par « les pharisiens glabres d'Outre-Atlantique et les excités barbus d'Arabie ». Matzneff est considérable car il a toujours eu le courage de ses passions.

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