Un galop d'enfer

L'enfer exquis

Par Roland Jaccard, 24 heures, 31/12/1985

L'oeuvre de Gabriel Matzneff ne se prête pas au jargon de la critique : il y passe un souffle de vie, de liberté, qui revigore ses fervents lecteurs. De tous les genres littéraires, le journal intime - et surtout celui de Matzneff - incarne le plus parfaitement l'indépendance absolue à l'égard de toutes les règles, de toutes les normes, de toutes les conventions. Quatrième volet des carnets intimes de Matzneff, Un galop d'enfer nous convie à un fascinant voyage, placé sous le signe du désir et de la piété, d'Eros et de Thanatos, de l'espoir et de la désillusion.

Le journal de Gabriel Matzneff, c'est ce calepin noir, son compagnon, son double, qui le suit en toutes circonstances : à la piscine, dans le bus, à un dîner mondain, à une soirée littéraire, au restaurant, dans le métro. Le rythme endiablé de ce "galop d'enfer" nous mène de l'Afrique à la piscine Deligny, de Manille aux lieux de cure helvétiques. Et partout, Matzneff, enfant de choeur et de coeur, entraîne dans son irrésistible enfer ses mille e tre : elles ont 15 ans, 17 ans, 25 ans ; elles sont dociles comme la petite Maria, silencieuses comme l'énigmatique Thanh, tendres comme Jessica l'Américaine, possessives comme l'inoubliable Francesca...
Matzneff incarnerait le parfait don Juan si derrière ses multiples aventures, ses brusques ruptures et ses éphémères réconciliations ne se manifestaient pas l'angoisse d'être quitté, la peur de perdre l'être aimé : "Le caractère illusoire de l'amour n'est jamais si manifeste que dans le spectacle donné, à son insu, par la femme qui s'éloigne de l'homme dont elle a été passionnément amoureuse.
C'est alors en effet que nous comprenons que la métamorphose opérée par la passion n'est pas durable, que le carosse redevient citrouille, que, dès que l'amour s'évanouit, la femme est rendue à sa médiocrité et à sa mesquinerie naturelles."
La femme polie par l'amour... Voilà la première leçon des livres de Gabriel Matzneff. Le désir sans cesse renouvelé, c'est l'efficace remède contre la mort. Vivre vite, telle est la devise de Gabriel Matzneff. Comédie de la passion, tragédie de la sensualité, chaque journal intime de Gabriel Matzneff ne nous livre pas seulement une page de la vie d'un écrivain, mais aussi l'art du romancier, la tendresse de l'amoureux, l'insolence du génie.

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