La Caracole

La Caracole, de Gabriel Matzneff

Par Maurice Achard, Combat, 01/01/1969

Gabriel Matzneff est un anarchiste aux airs de prince russe : des idées tranchantes dans un regard noble. Un anarchiste de droite. La formule est parfaite. Elle n'est cependant pas nouvelle, et puis que veut-elle dire ? Peut-on être à la fois contre et du côté de l'ordre ?
Faux dilemme, répond Matzneff. Car la répression est partout et, quel que soit leur bord, les casques, les mitraillettes, les prisons restent ce qu'ils sont : les instruments de facismes étouffant la liberté, tuant le respect de la dignité humaine.
Alors, il faut se défendre et donner des coups violents au travers de la figure de l'injustice et des intrigues, là où elles se trouvent, sans exclusive. "Tous les prisonniers sont mes amis..." dit volontier Matzneff qui, comme pour mieux préciser sa pensée, aime citer ce passage d'une lettre de Tchékhov à Souvarine : "Le devoir de l'écrivain n'est ni d'accuser ni de persécuter, mais de défendre même les coupables, dès l'instant qu'ils sont condamnés et subissent un châtiment".

C'est exactement cela, "caracoler". Les lecteurs vont avoir à découvrir ce mot comme ils eurent à découvrir celui d'"archimandrite". Mais cette fois il ne s'agit pas d'un roman. "La Caracole" (1) est le titre d'un recueil des chroniques polémiques publiées par l'auteur depuis 1963 essentiellement dans "Combat", dans "La Nation Française" et dans "La Nouvelle République". Ce sont ces "demi-tours" dont parle la définition du Littré que rapporte Gabriel Matzneff en conclusion de son "avertissement" : la caracole est "succession de demi-tours à droite et à gauche qu'on fait exécuter au cheval, avec ou sans changement de main, mais sans suivre de piste".
Ce recueil est orchestré autour du thème des trois mousquetaires. Eux qui en fait, et comme on le sait, étaient quatre, se retrouvent exceptionnellement cinq. Entourés des leurs, cela fait beaucoup de monde. Il y a là Mitterrand, De Gaule (le Grand Cardinal...), Staline, Dieu, et le Grand Turc (probablement celui que personne n'attendait, ce fameux cinquième...). A l'offensive ou en défensive (l'une impliquant l'autre et réciproquement) l'épée de Gabriel Matzneff est un style d'écriture impétueux.
Contre toutes les polices, contre tous les totalitarismes, ni non-violent ni révolutionnaire, ni conservateur ni royaliste, Gabriel Matzneff s'explique...

(1) Edition de la Table Ronde, Collection "La Table Ronde de Combat"

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