Yogourt et Yoga

Frère jouisseur

Par Fabienne Jacob, Zurban, 14/04/2004

Gabriel, toujours vert, publie un recueil de chroniques et la suite de son journal, écrit à la lumière des jeunes filles en fleurs. Portrait d'un épicurien.

Certes, ce n'est pas un ange, Gabriel. Les ligues de vertu le prendraient même plutôt pour "l'archange aux pieds fourchus" (1). Cette cohorte de dames patronesses, de "pharisiens incultes, pasionaras frustrées, ce conglomérat de refoulés sexuels", de Ségolène Royal de droite et de gauche, voudrait brûler son effigie, sulfureuse depuis 1976, date de publication de son premier journal intime, Cette camisole de flammes. "Ce journal a fait de moi un personnage. Ma légende d'immoraliste dispense mes détracteurs de lecture. La plupart n'ont pas lu mes livres", s'enflamme Gabriel Matzneff, avec toute la fougue de ses 67 ans.

Régime avocat. Fringant comme au premier jour, Gaby est encore "joli garçon", comme il dit. Question sans doute de diététique, régime "yogourt et yoga", comme l'indique le titre de son dernier recueil de chroniques. Pour ses écrits, c'est régime avocat. Pas une ligne qui ne soit passée au crible des hommes de loi. Le retour de l'ordre moral, il l'impute au puritanisme importé des Etats-Unis, et aussi aux "fins de siècle toujours bêtes". N'en déplaise aux agents de la norme et du formatage sexuel, lui ne cache pas son goût pour "les moins de 16 ans", préfère "le camp des filles à celui des mères". Précisant tout de même que, quand il rencontre une fille de 13 ans, il attend qu'elle en ait 14 avant d'emmener Mignonne voir si la rose ou le loup... "J'aime mon passé, mais les êtres que j'aime d'amour et de désir, eux, je ne veux pas qu'ils aient de passé", écrit-il dans Yogourt et Yoga. Entièrement écrit à la lumière des jeunes filles en fleurs, son dernier journal fait défiler une kyrielle de Marie-Elisabeth, Marie-Agnès, Anne, Anne-Chantal... Demoiselles à la bouche vermeille qu'il couche dans son lit avant de les coucher dans ses écrits. "Une certaine bousculade, j'en conviens, mais uniquement parce que je n'ai jamais su rompre. De toute façon, je ne plais pas aux femmes plus âgées. Socialement, je ne suis pas un bon parti"

Culte religieux. Dans son petit appartement d'étudiant avec matelas par terre, nul embourgeoisement en vue. Les très jeunes filles ne sont pas ses seules icônes : tous les dimanches cet admirateur de Baudelaire, Byron et Dostoïevski se rend à l'office de l'église orthodoxe, déclarant un faible pour "la poésie, la sensualité et la transcendance du religieux. Plutôt qu'à celui de la culotte Petit Bateau, on ferait mieux de s'intéresser à mon culte du monastique, du religieux", tempête-t-il. Pour lui, la scène la plus érotique qui ait jamais été écrite se trouve dans l'évangile, quand le Christ se fait parfumer les pieds sous la table. Croit-il en Dieu ? "Par moments..." Il n'est pas à un paradoxe près. Ami de Mitterrand et de Delanoë, il cultive aussi des amitiés du côté des souverainistes. Bien que fils de Russes blancs, il penche pour la politique de l'extrême-gauche. Cavalier seul dans le paysage littéraire français, il saute allègrement par-dessus les barrières du politiquement correct de l'intelligentsia de gauche. Témoin ses récentes positions pro-Serbes. En toute occasion, Calamity Gab reste courtois. Elevé à l'ancienne, il a pratiqué le baisemain aux vieilles dames. "La bonne éducation, c'est ce qui reste quand on a tout perdu."

(1) Titre de son journal 1963-1964 publié en 1983

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