Dialogues en ligne avec Gabriel Matzneff du samedi 20 janvier 2001

En cette veille de l'anniversaire de la mort du roi Louis XVI, salut et prospérité à toutes celles et à tous ceux qui sont avec nous ce soir.
Et vive la liberté !
Gabriel Matzneff

Que sont devenues Francesca, Vanessa, Marie-Elisabeth ?
J'ajouterai (pour compléter la liste) : qu'est devenue Maria?

Sophie / Jacques

Réponse de GM :
Que sont devenues les jeunes femmes que j'ai aimées et qui m'ont inspiré les héroines de mes romans ? Si j'étais un cynique, je vous répondrais : ce qui importe, ce sont les personnages de mes romans et non les jeunes personnes qui m'ont servi de modèles. Mais comme je suis un tendre, j'accepte de répondre à cette question. Certaines de ces aimables créatures sont mariées, d'autres non. Certaines se sont mariées, puis ont divorcé (Maria S., Marie-Elisabeth F., Marie-Agnès B., Elisabeth L.). J'en revois certaines, d'autres non. Il est toujours difficile, quand on s'est passionnément aimé, de se revoir "en copains". Bref, soit directement, soit indirectement, je sais qu'elles sont toutes en bonne santé. La seule dont je sois sans nouvelles, c'est Hélène P., qui m'a inspiré le personnage d'Elisabeth dans Les Lèvres menteuses. J'ai dîné avec elle il y a deux ou trois ans et elle était en pleine forme, mais depuis elle a disparu. Cela m'inquiète, car ce n'est pas son genre. Si elle lit ces lignes, qu'elle me fasse signe !

Cher Gabriel, Vous avez déclaré à plusieurs reprises que vous souhaitiez publier l’intégralité de votre journal intime de votre vivant : tout d’abord parce que tel était votre bon plaisir. Ensuite pour éviter toute tentation de caviardage post mortem de la part de vos testataires. Qu’en est-il de ce projet ? Pourquoi Diable ne remettez-vous pas à votre ami Sollers le manuscrit des Carnets Noirs postérieurs à « La prunelle de mes yeux » ? Nous sommes nombreux à attendre cette manne avec gourmandise ! Ne nous faites pas rissoler davantage sur le gril de l’attente, cher monsieur... Amicale poignée de main à vous, Lilian
Lilian COMES, Lilurt@yahoo.com

Réponse de GM :
En avril 2001, les Editions Gallimard publieront mon journal intime 1979-1982 : ce sera un gros volume, car le manuscrit dactylographié fait plus de sept cents pages ! Le titre en sera Les soleils révolus.
Après ce nouveau tome de mes carnets noirs, demeureront encore inédits les seize mois (janvier 1985 - avril 1986) qui séparent Mes amours décomposés et La Prunelle de mes yeux, ainsi que les années 1988 à 2001. J'espère les publier un jour, mais l'ordre moral néo-puritain à l'américaine qui ne cesse de s'étendre sur la planète, en notamment en France, rendra, je ne vous le cache pas, de plus en plus difficile la publication de journaux intimes, de mémoires, de correspondances. Les éditeurs sont accablés de procès, de menaces de procès, et deviennent chaque jour plus prudents.

Que pensez-vous de la nouvelle génération d'auteurs (Houellebecq, Dantec...) ?
Françoise LILLET, francoiselillet@freesbee.fr

Réponse de GM :
Parmi mes cadets, je ne lis que mes amis, et j'aime beaucoup ce qu'ils écrivent : par exemple, Benoît Duteurtre, Linda Le, Frédéric Beigbeder, Christine Angot...

Je me suis toujours étonné de la similitude existant entre Arthur Rimbaud et vous; et que vous n'y fassiez jamais référence. Ce même désir de liberté, ce gout de l'évasion, du voyage, cette manière de vivre pleinement vos passions, la recherche du plaisir, le côté archange, solaire, aérien de vos êtres... Qu'en pensez-vous? Que pensez-vous également de l'oeuvre de Rimbaud, de sa propre existence? Lisez-vous la littérature actuelle? Si oui, qui, selon vous, émerge du marasme ambiant? Enfin, répondez-moi sincèremnt, quel est à votre avis votre ouvrage le plus abouti, celui qui restera, à la fin de votre vie, comme la quintessence de votre oeuvre.
Julien PAGANETTI, paganetti@yahoo.fr

Réponse de GM :
J'admire au suprême l'oeuvre de Rimbaud, ainsi que sa vie, son destin, mais je ne l'ai lu que lorsque j'étais déjà un jeune adulte, à une époque où mon univers intime était formé. C'est pourquoi dans Maîtres et complices il ne figure pas auprès des poètes qui ont été les phares de mon adolescence : Lucrèce, Horace, Byron, Baudelaire...
La littérature actuelle ? Je lis avec attention et plaisir les livres de mes amis. Sinon, je lis très peu, je préfère le cinéma. Ce n'est pas un hasard si, dans Mamma, li Turchi !, j'ai fait de Raoul Dolet un cinéaste. Si je n'étais pas écrivain, je serais soit archéologue, soit cinéaste, soit gigolo.
Celui de mes ouvrages que je tiens pour le plus abouti ? C'est un roman que j'ai publié en 1981, Ivre du vin perdu. Mais au risque de sembler immodeste, je vous avoue que, de même qu'une mère aime tous ses enfants, j'aime également tous mes livres. Par-delà les genres (roman, journal, poème, essai, récit), ils ne forment à mes yeux qu'un seul et même livre, ils constituent les pièces d'un puzzle unique.

Que pensez-vous de la jeunesse actuelle et de ce qu'ils apportent de nouveau? Par exemple, quelle est votre opinion sur le rap ?
Telly, trixr4kids78@hotmail.co

Réponse de GM :
La jeunesse actuelle ? Les jeunes qui actuellement partagent ma vie, soit amoureuse, soit amicale, m'apportent beaucoup. Quant au rap, c'est une excellente méthode pour apprendre par coeur les vers de Corneille : essayez avec la tirade de Don Diègue (Le Cid, acte 1, scène 4) et vous serez convaincue. Cela dit, mes jeunes lectrices préfèrent en général le rock gothique. Ne m'en demandez pas la raison, je l'ignore, mais c'est ainsi. Les lycéennes de l'an 2001 adeptes de rock gothique sont très souvent de ferventes matznéviennes. Les rapeuses, c'est moins fréquent.

Avez-vous de temps en temps ou régulierement des chroniques dans des journaux ou bien êtes-vous définitivement "infréquentable" ?
JulienAlain, julienalain@wanadoo.fr

Réponse de GM :
Je suis, comme vous le dites si justement, définitivement infréquentable.

Pourquoi n'avoir pas fait éloge d'un de vos plus grands maîtres, Alexandre Dumas, dans un essai tout spécialement écrit à cette intention, "Maîtres et complices"?
Emmanuel, AlcideKordoba@aol.com

Réponse de GM :
Alexandre Dumas est présent quasi dans chaque chapitre de Maîtres et complices. Je vous renvoie sur ce point à l'avertissement de la deuxième édition (1999, Collection de poche Petit Vermillon).

Où habitiez-vous en 1983 et en 1989 à Paris? Voyez-vous aucun rapport entre vous et Stendhal en ce qui concerne l'Italie et l'italien? J'adore votre oeuvre, surtout "Mamma li Turchi !" dont mille grazie!
Tifoso STENDHAL

Réponse de GM :
Entre 1983 et 1989, lorsque j'étais à Paris, j'habitais soit à l'hôtel, soit chez des petites amies, soit dans un appartement qu'alors je possédais, ces différentes adresses se trouvant toutes sur les rives du boulevard Saint-Germain, dans les Vème, VIème et VIIème arrondissements. Comme mon bon maître Byron, je suis un homme d'habitudes, je suis un homme très casanier.
Stendhal n'est pas le seul ! De Ronsard à Alexandre Dumas, les écrivains français que j'admire ont souvent été des amoureux de l'Italie et de la langue italienne. Je le fais dire à Dulaurier dans Mamma, li Turchi ! et, comme Dulaurier, je ne veux pas mourir avant de parler parfaitement l'italien. Avis à mes lectrices compatriotes de Leopardi !

De vos écrits, quel est celui que vous préférez?
Françoise LILLET, francoiselillet@freesbee.fr

Réponse de GM :
Voyez ma réponse à Julien Paganetti ci-dessus

Je sais que vous voyagez beaucoup et n'êtes pas souvent à Paris. J'aurais aimé savoir s'il vous arrive de retourner en Russie, et si ce pays "vous dit encore quelque chose"... A vrai dire, je pressens la réponse, après avoir lu certaines lignes de vos derniers livres.
Léo Golovine, Français et Russe, leo@golovine.com

Réponse de GM :
Je suis allé deux fois en Russie, et le journal au jour le jour de ces deux voyages figure dans Vénus et Junon. Cela se passait sous Brejnev. Je ne suis pas retourné en Russie depuis la chute du communisme, mais je suis très heureux que Saint Pétersbourg soit redevenue Saint Pétersbourg.

Comment vivez-vous cette situation ?
Que vous reste-t-il a écrire ou plutôt que vous permettra-t-on encore d'écrire ?

JulienAlain, julienalain@wanadoo.fr

Réponse de GM :
Pour un écrivain, l'essentiel, ce sont ses livres, et collaborer à des journaux est surtout intéressant d'un point de vue financier. Pour l'instant, j'ai toujours écrit et publié les livres que j'ai eu envie d'écrire et de publier, et j'espère qu'il en sera toujours ainsi.

La question peut paraître un peu directe : continuez-vous à séduire, ou devez vous recourir aux « amours » mercenaires ? Bref : avez-vous la vieillesse de votre cher Casanova ?
Emma

Réponse de GM :
Je vous remercie, Emma, de votre sollicitude, mais rassurez-vous : mes amours vont très bien. L'époque où je serai un vieux monsieur est encore lointaine, et d'ailleurs les artistes jouissent dans ce domaine d'une temporalité spéciale : un écrivain, un peintre, un acteur, un chanteur n'ont pas d'âge, et les jeunes filles qui les aiment sont infiniment plus sensibles à leur talent, à leur charme, qu'à leur date de naissance. En outre, je suis beaucoup plus joli garçon aujourd'hui que je ne l'étais à trente ans. Chère Emma, lisez Boulevard Saint-Germain, paru en 1998, Super flumina Babylonis, paru en 2000, songez à Mathilde et à Stefanie, les deux jeunes héroïnes de Mamma, li Turchi !, et vous aurez la réponse à votre question.

Avez-vous déjà envisagé d'avoir des enfants ?
Françoise LILLET, francoiselillet@freesbee.fr

Réponse de GM :
En avril, je vais fêter la naissance de mon trentième bambin. Aucun des trente ne fait pipi au lit et ne me réveille la nuit. C'est la paternité idéale !
Quant aux enfants d'un autre genre, peut-être suis-je père de famille nombreuse, comme Tolstoï et Thomas Mann. C'est possible, mais je n'en suis pas sûr...

Dans la réponse que vous faîtes à Julien Paganetti vous affirmez que vous auriez pu être cinéaste. N'êtes vous pas interessé par le théatre : écrire une pièce et/ou en mettre en scène...
Le retour, tant attendu, de Monsieur Matzneff ne serait-il pas sur les planches ?

Jean-Luc TARDY, jl.tardy1@libertysurf.fr

Réponse de GM :
De quel retour tant attendu parlez-vous ?? Je ne comprends pas. Je viens de publier deux nouveaux livres en l'an 2000 !
Certains amis comédiens m'ont souvent dit en effet que mes romans témoignent que j'ai le sens du dialogue, mais jusqu'à ce jour je n'ai jamais écrit de pièce. Cela dit, j'ai en 1994 joué sur scène le rôle de Baudelaire, et ç'a été un triomphe !!!

Pourquoi, après De la rupture, avez-vous decidé de ne plus écrire d'essais?
Françoise LILLET, francoiselillet@freesbee.fr

Réponse de GM :
Parce que d'une part je tiens De la rupture pour mon testament spirituel, et qu'en outre si à De la rupture j'ajoute mes huit autres essais, en particulier Le Taureau de Phalaris, je considère que j'ai dit tout ce que j'avais à dire dans l'ordre de la réflexion philosophique et morale.

Comptez-vous un jour visiter le Canada, en particulier le Québec ? À ma connaissance vous n'y avez jamais été. J'ai fait découvrir votre oeuvre à plusieurs de mes amies, et depuis elles sont devenues de fervantes matznéviennes et seraient ravies de vous rencontrer! Et croyez-moi, peu importe l'avis de Denise Bombardier à votre sujet, le néo-puritisme américain n'a pas encore envahie le Québec. Accepteriez-vous, par exemple, une invitation du Salon du livre de Montréal ?
Reginald Duval, duvalre@hotmail.com

Réponse de GM :
Je vous remercie vivement de votre message si amical. Je ne suis pas très "salon du livre" en général, mais si je viens un jour prochain au Canada, je serai heureux de vous rencontrer vous et celles de vos amies à qui vous avez bien voulu faire découvrir mes livres. Vive le Quebec libre !

Vous savez que ce que vous écrivez dans vos carnets noirs sera édité, a priori. Cela fausse-t-il le jeu ? N'êtes vous pas tenté de "faire de la littérature?
Question subsidiaire: quand vous cherchez une date, un nom, ou un moment de votre vie, consultez vous le carnet ou le livre édité?

?, HLechat@aol.com

Réponse de GM :
Quand un écrivain écrit un livre, quand un peintre peint une toile, ils savent que, sauf à détruire leur oeuvre, celle-ci sera sans doute publiée ou exposée. "Faire de la littérature" ? L'essentiel, pour un écrivain, c'est que cette littérature soit bonne. Qu'un journal intime soit, comme le mien, très spontané, ou qu'il soit comme celui de tel autre, retravaillé, réécrit, n'a en soi aucune importance. L'essentiel, c'est que le livre soit beau et captive le lecteur.

Je suis un grand admirateur de vos chroniques, dont rafolait aussi André Breton, entre autres. Aurons-nous bientôt en librairie un volume rassemblant les chroniques encore inédites ? J'attends tout particulièrement vos célèbres chroniques télé de Combat, toutes inédites à ce jour en librairie.
Christian LANCON, crisexocet@wanadoo.fr

Réponse de GM :
Après Le Sabre de Didi, paru en 1986, et Le Dîner des mousquetaires, paru en 1995, un troisième recueil de textes introuvables sera publié en 2002 aux Editions de La Table Ronde.

Cher monsieur Matzneff, une question très personnelle, intime et crue à la fois : Après tant d'années passées à sacrifier à Vénus, vos sens sont-ils émoussés... ou bien êtes-vous encore un Vert-Galant?
Lorelei SEBASTO-CHA

Réponse de GM :
Chère mademoiselle, j'espère que votre visage est aussi charmant que votre pseudonyme. Vous êtes gentille de vous inquiéter pour mes sens. Ils vont très bien, merci. De temps à autres, mes vertèbres me font mal, mais elles me faisaient déjà mal lorsque j'avais quinze ans. C'est la rançon à payer quand on a beaucoup monté à cheval. Il colpa della strega, disent les Italiens.

La partie religieuse de vos livres est toujours très belle et féconde. Je sors de la lecture des "secrets de l'exode" (l'origine égyptienne des hébreux). Comment le moine Guérassime vit-il cette interprétation ?
Geoffroy de LA CROUEE, geoffroydelacrouee@wanadoo.

Réponse de GM :
Votre remarque me fait plaisir. Je suis, je l'avoue, surpris que l'on me pose tant de questions sur ma vie amoureuse et si peu sur ma vie religieuse. Des histoires de parties de jambes en l'air, tout le monde en écrit. Les romans exprimant une vraie dimension spirituelle sont beaucoup plus rares. Des personnages tels que l'archimandrite Spiridon et le père Carderie (dans L'Archimandrite), l'évêque Théophane (dans Isaïe réjouis-toi), la jeune Priscille (dans Ivre du vin perdu), l'archimandrite Séraphin et le hiéromoine Guérassime (dans Mamma, li Turchi !) sont au moins aussi intéressants que mes personnages libertins, transgresseurs, et infiniment plus originaux.
J'ignorais que les Hébreux fussent d'origine égyptienne. Vous me l'apprenez. Ma foi, c'est bien possible. Moi, j'en suis resté à Yul Brynner dans Les Dix Commandements de Cecil B. DeMille. Ce que je sais de l'histoire, je l'ai appris chez Plutarque, Tacite, Retz, Alexandre Dumas et dans les salles de cinéma.

Henry de Montherlant s'est suicidé. Y avez-vous pensé ?
??, BBKID3007@aol.com

Réponse de GM :
J'ai tant écrit sur ce thème, et cela dès mon premier livre, que je ne me sens pas capable de vous répondre en trois lignes, et ne puis que vous renvoyer à mes écrits.

Une réedition de Cette camisole de flammes, que je recherche désespérément, est-elle prévue?
Françoise LILLET, francoiselillet@freesbee.fr

Réponse de GM :
A ma connaissance, Cette camisole de flammes est disponible dans la collection de poche Folio, chez Gallimard (Folio n°2021).

Lorsque je m'informe sur la marche à suivre pour obtenir une cassette du film "Style et Passion" à l'adresse suivante: lechien.e@skynet.be, ma requête demeure sans réponse... Pourquoi tant de cruauté, cher maître?
Antoine

Réponse de GM :
Pour obtenir la cassette du film que m'a consacré Christian Bussy, vous devez écrire à la Société des Amis de Gabriel Matzneff, 14 rue Vilain XIIII, B.1050 Bruxelles, en Belgique. Si vous lisiez l'excellent bulletin que publie cette Société, voici déjà un an que ce film se trouverait dans votre filmothèque personnelle.

A un moment donné, dans "La passion Francesca", vous intercalez en italiques la déclaration suivante (qui tombe comme un cheveu sur la soupe): "Ariane, je t'aime !" Ceci est il un clin d'oeil à l'actuelle élue de votre coeur, dont nous ne connaîtrons l'existence que plus tard ?
Jeanne F.

Réponse de GM :
Ariane, je t'aime ! est le texte du télégramme que Nietzsche, lorsqu'il sombrait dans la folie, a envoyé à Cosima Wagner. Il s'accorde admirablement à l'esprit de La Passion Francesca. Quand mon journal intime est dactylographié, il est dactylographié tel quel, sans le moindre ajout.

Les "carnets" que vous avez publiés dans les Nouvelles littéraires entre 1972 et 1975 ne se retrouvent pas dans vos carnets noirs publiés. Ils semblent donc avoir été écrits spécialement pour le regretté hebdomadaire. Comptez-vous les publier un jour ? Je le souhaite ardemment.
Christian LANCON, crisexocet@wanadoo.fr

Réponse de GM :
Vous m'avez mal lu. La totalité des carnets noirs publiés dans Les Nouvelles Littéraires de l'automne 1972 à l'automne 1975 se trouvent soit dans mon journal intime de cette époque, c'est-à-dire dans Elie et Phaéton et La Passion Francesca, soit dans Le Taureau de Phalaris, soit dans Le Dîner des mousquetaires.

Puisque "le bonheur est une question d'organisation", êtes-vous présentement bien ordonné ?
JulienAlain, julienalain@wanadoo.fr

Réponse de GM :
Pour vous répondre comme mon cher Rodin, je suis ex-trê-me-ment-sa-tis-fait !

Bravo pour Mamma, li turchi, sans aucun doute l'un de vos deux ou trois meilleurs livres. J'ai cru reconnaître dans l'histoire de Nathalie et Poucette des échos de votre amitié avec Hugues Arnaud que vous évoquez brièvement dans "Cette camisole de flammes" ?
Christiane LARSIN, coocoo@ifrance.com

Réponse de GM :
Vous avez raison. J'avais d'ailleurs évoqué, en la transposant, cette amitié d'enfance dans Nous n'irons plus au Luxembourg.

Trois académiciens ont voté pour votre livre. savez-vous lesquels ? Selon moi : Certain : J.Dutourd Probable : J. d'Ormesson Possibles : Félicien Marceau, Michel Déon. Savez-vous si la cabale contre vous vous a coûté des voix ?
Envisagez-vous vraiment de vous présenter à l'Académie. Cinq fauteuils sont libres, il y a en a bien un pour vous !

Adriana NINO, adnino@ifrance.com

Réponse de GM :
J'ignore qui, à l'Académie, a voté en faveur de Mamma, li Turchi ! Ce qui est certain, c'est que pour figurer parmi les trois finalistes sur plus de trois cents romans parus en l'an 2000, il a fallu que mon roman fût passionément défendu.
Le scandale n'est pas que je n'aie pas eu le prix. Le scandale est que les lettres de dénonciation qu'ont reçues les académiciens, semblables à celles que recevait la Gestapo sous l'occupation (aujourd'hui les cafards dénoncent les libertins, en 1942 ils dénonçaient les juifs), aient été publiées dans les journaux sans susciter la moindre réaction des intellectuels professionnels de l'indignation. Ohé ! Bernard-Henri Lévy, Régis Debray, Alain Fielkenkraut, Jean-François Kahn, qu'attendez-vous pour prendre ma défense, qu'attendez-vous pour découdre l'étoile jaune d'écrivain maudit qu'on m'a cousue sur la poitrine ?
Cela dit, chère Adriana, je n'ai jamais songé à me présenter à l'Académie. Ma candidature à l'Académie est un serpent de mer inventé par les journalistes qui tous les dix ans fait régulièrement surface. Si je me présentais, Cioran, au paradis, me retirerait son estime, et je préfère mille fois l'estime de Cioran aux honneurs du Quai Conti.

Vous êtes avec Montherlant et Cioran l'écrivain du XXe siècle que je préfère. Comptez-vous publier votre correspondance avec ces deux ainés. Je souhaite vivement que oui, et surtout que vos propres lettres y figurent ! Concernant Montherlant, pensez-vous qu'il a récemment écrit et détruit "Le Préfet Spendius" ? Y-a-t-il, pour lui comme pour vous, des inédits sur les Romains à paraître ?
Anne MALIVAUD, anne.maliv@libertysurf.fr

Réponse de GM :
Les lettres que j'ai écrites à Montherlant, à Cioran, à Hergé n'ont guère d'intérêt, car je ne suis pas un épistolier. En tout cas, vous n'y trouveriez rien qui ne figurât déjà dans mes livres publiés. Les seules lettres de moi auxquelles je tienne sont mes lettres d'amour à mes amantes. Mais celles-ci les ont-elles gardées, je n'en suis pas sûr. L'une d'elles, Marie-Agnès B., une des héroïnes de Mes amours décomposés, m'a avoué que, lorsque j'ai rompu avec elle à cause de Vanessa, elle a brûlé toutes mes lettres. Elle ne doit pas être la seule à avoir agi de la sorte.

Je suis un fanatique de vos carnets noirs qui m'intéressent bien plus que le journal de Julien Green ou celui de Renaud Camus. Lecteur attentif, il me semble que dans L'archange aux pieds fourchus, sans doute pour obtenir un volume de dimension satisfaisante, vous avez incorporé à votre journal des extraits de vos chroniques journalistiques. Ces chroniques sont d'ailleurs reprises dans le Dîner des mousquetaires, mais sous leur forme originale, alors que dans l'Archange, le style en a été revu. Avez-vous réécrit d'autres pages de vos carnets noirs ?
Christophe LEJOYEUX, cristophe@iquebec.com

Réponse de GM :
C'est le contraire qui est vrai. Dans mes carnets noirs, vous pouvez tomber sur le premier jet d'une phrase, d'un paragraphe, voire d'une page que vous retrouverez développés, travaillés, métamorphosés dans un de mes romans, essais ou poèmes. J'ai donné un exemple précis de cette méthode de travail dans la préface de Douze poèmes pour Francesca.
En voici un autre. Mon premier séjour à Venise, l'été 1962, apparaît deux fois : la première fois, des notes jetées à la diable dans mon journal intime, Cette camisole de flammes, et la seconde des pages très écrites, léchées, travaillées, dans Le Défi. Eh bien, on est en droit (c'est mon cas) de préférer les notes prises à la diable de la Camisole au style étudié, corrigé, maîtrisé du Défi. Le premier jet, plus simple, plus dépouillé, a souvent du bon.
Cela dit, c'est exact, les années 1963 et 1964, que recouvre L'Archange aux pieds fourchus, sont celles où j'ai le moins écrit mes carnets noirs. Philippe Tesson m'avait ouvert les colonnes de Combat, et mes chroniques, très personnelles de ton, me tenaient alors lieu de journal intime. J'ai recommencé à tenir ce journal avec soin lorsque je suis devenu l'amant de celle qui allait devenir ma femme, Tatiana.

Cher Maître, lorsqu'on n'est pas une jolie fille de 15 ans, peut-on avoir la chance de vous rencontrer? ...Eh oui, même après avoir lu TOUS vos livres publiés, il reste des questions à poser.
Léo Golovine, leo@golovine.com

Réponse de GM :
Un amateur n'a selon moi aucun intérêt à rencontrer un écrivain, ou un acteur, ou un sculpteur qu'il admire. Ce qui compte, c'est le travail, c'est l'oeuvre. Je n'ai jamais pris le thé avec Byron, ni avec Baudelaire, et je n'ai pas le sentiment pour autant de les moins bien connaître ni de les moins bien aimer. Cela dit, si vous avez une nièce de quinze ans qui apprécie mes livres, je l'inviterai volontiers aux beaux jours déguster une glace à la pistache chez Berthillon...

N'avez vous jamais songé à écrire une suite à la trilogie " Les trois mousquetaires". Une suite qui se situerait par exemple entre "vingt ans..." et " Le Viconte...", une suite qui soit meilleur que celle du regretté Roger Nimier ?
??, pretextatt@yahoo.fr

Réponse de GM :
Non, Dumas me suffit, et j'aurais trop peur de ne pas égaler ce maître incomparable.

1 - J'avais relevé, moi aussi, que des pages du Dîner des mousquetaires se trouvaient déjà, réecrites, dans l'Achange aux pieds fourchus. Je dois dire que la comparaison des deux versions est une formidable leçon d'écriture. Toutes les corrections sont pertinentes, elles vont dans le sens de la clarté, de l'élégance et de la force d'expression. Je serais,moi aussi, curieuse de savoir si Gabriel Matzneff travaille le stye de ses carnets noirs en les dactylographiant. Je ne pense pas que cela nuirait à l'authenticité du journal : l'important est de garder le fond ; l'amélioration de la forme peut servir à mieux exprimer le fond.
2 - Les carnets noirs publiés ne sont pas complets, puisque GM a déclaré avoir brûlé des pages des premières années. Quelle désolation ! Pour éviter que ces pages ne s'abiment totalement dans le néant, pourrait-on avoir une idée de leur contenu ?

Sophie CHAMODOT, sophie.chamodot@wanadoo.fr

Réponse de GM :
Je vous ai répondu en partie ci-devant en répondant à Christophe Lejoyeux. Quant aux pages de mon journal 1953-1959 que j'ai brûlées avant de partir au service militaire, il s'agissait pour l'essentiel de réflexions peu aimables sur certains membres de ma famille. Je ne voulais pas, si j'étais tué en Algérie, qu'elles leur tombassent sous les yeux.

Chez nous en Belgique vous êtes très apprécié. Chacune de vos interventions médiatiques est un événement, vous le savez. Je vous aime. J'aimais aussi Hergé. Allez-vous publier l'intégralité de la correspondance échangée avec lui. Seule une faible partie est parue à ce jour. Vous avez dit à P. Assouline que Hergé était peut-être mort du SIDA. Cela est-il confirmé ?
Anna VAN DER LINDER, tintinetmilou@ibelgique.com

Réponse de GM :
Pour ma correspondance avec Hergé, voyez ci-dessus la réponse à Mlle Anne Malivaud. Quant à la mort d'Hergé, on lui faisait depuis l'automne 1979 de massives et régulières transfusions sanguines. Qu'en mars 1983 il soit mort d'avoir reçu du sang contaminé n'est hélas pas exclure.
Lorsque vous me dites : "Chacune de vos interventions médiatiques est un événement", je pense qu'il s'agit d'un lapsus et que vous vouliez dire : "Chacun de vos livres est un événement", car voilà une bonne dizaine d'années que je ne fais aucune "intervention médiatique". Je ne suis quasiment plus invité dans les médias, on ne me voit nulle part et, quoique célèbre, je deviens chaque jour davantage un écrivain clandestin qu'on découvre par hasard et qu'on lit en cachette. Je ne m'en plains pas, car il ne faut jamais se plaindre. Sustine et abstine, telle est la grande leçon de mes maîtres stoïques.

Votre ami Roger Peyrefitte est mort récemment sous les crachats de la presse bien-pensante. La plus belle des morts pour un écrivain. Jean-Edern y a eu droit lui aussi. Savez-vous pourquoi Peyrefitte était resté silencieux ces dernières années ? Il avait annoncé juste avant sa période de silence qu'il travaillait à ses mémoires. Etes-vous au courant ?
Christiane LARSIN, coocoo@ifrance.com

Réponse de GM :
Roger Peyrefitte était malade depuis de nombreuses années. A ma connaissance, son dernier livre publié, et d'ailleurs inachevé, est son Voltaire.

Avez-vous conscience d'être, comme le dit Patrick Besson sur la couverture des "Moins de 16 ans", à la tête d'une véritable école Matzneff ? Qu'en pensez-vous, cher Gabriel ?
Sébastien, Sebange1@aol.com

Réponse de GM :
Certes oui, j'en suis conscient, à condition toutefois de ne jamais oublier qu'il s'agit d'une école buissonnière.

Savez-vous ce que sont devenues Tatiana, Francesca ou encore Vanessa ?
Sébastien, Sebange1@aol.com

Réponse de GM :
J'ai déjà répondu à cette question en répondant à Sophie et à Jacques

Parlant de Tatiana, l'avez-vous une fois revue depuis 1973?
Tobias Van Winkle, tvanw21@hotmail.com

Réponse de GM :
Non, jamais.

Pas une question, un remerciement immense!
Pour les heures passées à vous lire, à rêver, à essayer de comprendre, à réfléchir sur la philosophie (moi qui suis un indécrottable matérialiste scientifique), sur l'église et la foi (moi qui suis athée), sur la Russie (moi qui suis un français...moyen), sur la séduction (moi qui suis marié avec 3 enfants), sur la Rome antique (moi qui suis imperméable au latin), ...même sur Paris (moi qui suis provincial) à vous défendre sans toujours être d'accord avec vos obsessions et puis et puis...
Merci

?, HLechat@aol.com

Réponse de GM :
Merci de votre message qui me touche vivement. Et en ce qui regarde votre femme, je suis convaincu que nous sommes beaucoup plus heureux fidèles que nous ne le sommes dans nos périodes inconstantes et vagabondes.

Il est bientôt 22 heures et le webmaster, notre ange gardien et moi-même, nous mourons de faim !
Merci à tous d'avoir passé cette soirée avec nous. Bonne année et à bientôt !
Gabriel Matzneff

Site Gabriel Matzneff - V. 2009 •
internautes connectés au cours de la dernière heure • Retour en haut de la page