Dialogues en ligne avec Gabriel Matzneff du samedi 9 février 2002

Votre prochain recueil de chroniques comprendra-t-il vos légendaires "séquences de Gabriel Matzneff" ? D'autres recueils sont-ils prévus ? Sur quels critères éliminez-vous certaines chroniques ?
Marie-Do Lecardonnel (Paris)

Réponse de GM :
Dans un mois paraît C'est la gloire, Piere-François !. Les 110 textes inédits qui composent ce livre viendront s'ajouter aux 90 textes du Sabre de Didi et aux 200 textes du Dîner des Mousquetaires. Cela fait un ensemble considérable. Je publierai dans quelques années, dans un quatrième et dernier volume, les ultimes textes encore inédits. Quant aux "séquences", qui sont un divertissement où je m'amusais dans Combat à parler de la télévision sans avoir de téléviseur, j'en ferai peut-être bientôt un petit volume à part.

Avez-vous écrit sur votre enfance ?
Marie

Réponse de GM :
Oui, j'ai beaucoup écrit, mais par le truchement des personnages de mes romans, en particulier dans Ivre du vin perdu et dans Mamma, li Turchi !.

Votre journal d'adolescence est si elliptique que bien des notations restent obscures. Voilà 20 ans que je me demande pouquoi Hugues A. s'est suicidé et quel rôle vous avez pu jouer dans ce qui semble être un fait divers (annonce du suicide dans la presse)
Gaelle Laurent (Vitry)

Réponse de GM :
Si vous lisez avec attention Mamma, li Turchi !, vous découvrirez la raison du suicide de mon camarade d'école Hugues A. Un journal intime tel que le mien, écrit à la diable, est en effet souvent elliptique. Ce sont le roman, le poème, qui permettent d'approfondir les thèmes, de les développer.

Mes amours décomposés s'achèvent le 31/12/84, La prunelle de mes yeux commencent le 13/5/86. Allez vous bientôt combler le trou ?
Marie-Do (Paris)

Réponse de GM :
Des fragments de mon journal intime de 1985 paraîtront d'ici quelques jours dans la revue Moments littéraires qui me consacre un important dossier.

Avez-vous l'intention de nous livrer prochainement le contenu de carnets noirs postérieurs à La prunelle de mes yeux ?
Jean Pareuil, jean.pareuil@caramail.com (Paris)

Réponse de GM :
Non, pas pour l'instant. Comme dirait Anne-Geneviève dans Ivre du vin perdu, les conditions atmosphériques ne sont pas favorables.

Comment est-ce possible d'avoir publié La Prunelle de mes yeux si vite après avoir vécu la passion Vanessa et que nous les lecteurs, nous devions attendre p.ex les années 90 je ne sais jusqu'à n'importe quand!
Tifoso (Helsinki)

Réponse de GM :
Il n'y a là aucune raison particulière. Je pense toutefois qu'avant de publier mon journal 1988-2002, je publierai les mois qui séparent Mes amours décomposés de La prunelle de mes yeux. Ainsi sera publiée la totalité de mon journal de 1953 à 1987.

A quand Matzneff dans la Pléiade? Avec des inédits?
Frédéric Cavallier, frederic.cavallier@skynet.be (Bruxelles)

Réponse de GM :
Cher monsieur, excellente question, mais c'est à Antoine Gallimard que vous devez la poser, Antoine Gallimard qui a lui aussi - m'a-t'on dit - un très beau site.

Est-il exact que vous ayez renoncé à publier des essais ?
Michel Lavandin, michel.lavandin@ifrance.com (Montrouge)

Réponse de GM :
C'est dans De la rupture que j'annonce que cet essai sera le dernier. Pour l'instant, je n'ai pas changé d'avis.

Les correcteurs seraient-ils fatigués ? On lit en effet dans Les Soleils révolus, je lis, page 32 : "Je me suis fait réveillé par le service téléphonique..." ; page 169 : "Nous n'avons pour l'instant que flirter...". Ou reproduisez-vous également les fautes de vos carnets noirs ?"
Jean Pareuil, jean.pareuil@caramail.com (Paris)

Réponse de GM :
Merci à vous de m'avoir signalé ces deux coquilles. Je n'ai pas vérifié, mais il est fort possible que ces fautes d'orthographe se trouvent dans le texte original. J'écris mon journal très vite, et je suis par nature fort étourdi.

Je m'interroge sur la quantité, inhabituelle dans votre journal, de "mots illisibles" dans Les Soleils Révolus. Leur présence à certains endroits ne semble guère fortuite. Est-ce le début d'une auto-censure ? Ou bien, ce que je n'ose croire, cher maître, nous prendriez-vous pour (mots illisibles) !
Jean Pareuil, jean.pareuil@caramail.com (Paris)

Réponse de GM :
Quant vous lisez "mot illisible", c'est qu'il est vraiment illisible, et que les deux ou trois personnes qui se sont penchées sur le manuscrit n'ont pas réussi à le déchiffrer.

Vous êtes-vous auto-censuré dans Les Soleils révolus ? Je pense notamment à votre séjour aux Philipinnes qui semble bien sage, alors que vous étiez dans vos années du galop d'enfer.
Louis Boisgibault, boisgibault@free.fr

Réponse de GM :
Un écrivain peut certes être tenté de se censurer, mais de nos jours, ce qui est beaucoup plus fréquent, c'est la censure exercée par les avocats des éditeurs. Ceux-ci sont accablés de procès, et les livres qui ne sont pas de la fiction (mémoires, journaux intimes, correspondances, biographies, etc) sont lus avec soin par les avocats qui sont des censeurs vigilants. Cela dit, censuré ou pas censuré, Les Soleils révolus compte tout de même 545 pages... Vous avez de quoi lire !

Dans Boulevard Saint Germain vous évoquez un dîner chez La Pérouse avec F. Beigbeder, B. Duteurtre et deux minettes. Vous envisagiez d'en faire un rite comme le célèbre "dîner des mousquetaires". Ce projet a-t-il pris corps ?
Marie-Do (Paris)

Réponse de GM :
Non. Ce dîner n'a eu lieu que deux fois, sans doute parce que les deux jeunes filles qui en faisaient partie, Olivia de Coupigny et Christine de Bourbon-Busset, avaient d'autres dîners plus intéressants.

Laquelle de vos amoureuses fera l'objet de votre dernière pensée à "l'heure ultime" ?
Anonyme

Réponse de GM :
Celle qui partagera alors ma vie, celà me paraît évident. Un écrivain nourrit ses livres de son passé, mais cela ne signifie pas pour autant qu'il vit dans le passé. Pour ma part, c'est ce que je vis maintenant qui me passionne. Je suis l'être le moins nostalgique qui soit.

La plupart de vos amis ont une fortune et une surface sociale largement supérieures à la votre. Ne regrettez-vous pas de n'avoir pas accepté les postes de rédacteur en chef ou de directeur de collection qui vous furent jadis proposés ?
Christophe Percegal, cristophe@iquebec.com (Montréal)

Réponse de GM :
Non, car si je les avais acceptés, je n'écrirais pas les livres que j'écris. On ne peut pas être à la fois fourmi et cigale. Il faut choisir.

Est-il exact que vous avez un parent illustre dans les lettres françaises, je veux parler de Jean Mistler, ancien secrétaire perpétuel de l'Académie française ?

Je vois que vous seriez parent de J. Mistler. Je l'aime bcp, il a superbement parlé des romantiques allemands, mais comment pourriez-vous être de sa famille : il n'avait rien de russe !

Adriana Nino, adnino@ifrance.com (Paris) & Coralie (Paris)

Réponse de GM :
Jean Mistler a épousé la soeur d'une de mes proches parentes. Quand j'étais enfant, je l'appelais Oncle Jean. Lorsque j'ai publié mon premier roman, L'Archimandrite, Jean Mistler lui a consacré un grand article dans L'Aurore. Comme vous le voyez, la famille, ça sert parfois.

J'ai eu la gorge serrée en lisant dans votre journal que Ph. Tesson, votre capitaine de Tréville, vous avait viré des Nouvelles littéraires sur la pression d'un confrère jaloux de votre talent. En avez-vous gardé rancoeur à Ph. Tesson ?
Michelle Vallin (Gentilly)

Réponse de GM :
Certes non. Je lui ai fait un procès, il l'a perdu, il m'a signé un bon chèque, et nous sommes très vite redevenus les meilleurs amis du monde. Au reste, je n'ai pas un tempérament rancunier. Le pardon des offenses fait partie de ma diététique. La rancune fait mal au teint et au foie. Si vous voulez garder les joues fraîches et roses, pardonnez !

Etes-vous de gauche ou de droite ?
Ghislaine Devert (Kremlin-Bicètre)

Réponse de GM :
Je ne suis ni de gauche, ni de droite, ni du centre. Je suis simplement moi-même et je me soucie peu des étiquettes que les gens me collent. D'ailleurs, en ce moment, c'est une question que vous devriez plutôt poser à Jean-Pierre Chevènement...

Quel est votre regard sur les évènements actuels du Proche-Orient vous qui aviez jadis des écrits très justes sur cette région?
JulienALain

Réponse de GM :
En septembre dernier, j'ai écrit ici même un texte intitulé "Sur les morts de New-York" qui répond exactement à votre question. Vous retrouverez d'ailleurs ce texte, ainsi que de nombreux autres sur la question du Proche-Orient, dans C'est la gloire, Pierre-François !

Vous qui préférez insister sur les artistes que vous aimez plutôt que sur ceux que vous aimez moins, pourquoi cette exception concernant E. Rohmer ? Est-ce juste un désaccord esthétique ou un différend sur la façon de considérer le monde des jeunes filles
Denis Le Nouvel, denis.lenouvel@atosorigin.com

Réponse de GM :
Les jeunes filles n'ont rien à voir là-dedans. Le cinéma de Rohmer est le contraire de ce que j'aime au cinéma. Sur ce point, j'ai prêté avec exactitude mes goûts et mes raisons à Hippolyte dans Les Lèvres menteuses. Dans ce roman, Rohmer s'appelle Tullher (un clin d'oeil à la ville de Tulle dont Rohmer et son frère mon très cher ami le philosophe René Schérer sont originaires), mais vous le reconnaîtrez aisément.

Dans l'article Ennui du Taureau de Phalaris, vous citez Th. Gautier : "Rien ne vaut rien, etc." Or, la même citation, ou à peu près, est attribuée par Montherlant, après de Gaulle, à Nietzsche (voir Tous feux éteints p. 133) Qu'en est-il au juste ?
Michelle Vallin (Gentilly)

Réponse de GM :
La phrase est bien de Théophile Gautier.

J'ai été surpris de trouver dans Maîtres et complices plus de penseurs que de stylistes. Qu'en conclure ? En particulier, vous qui êtes un diariste de talent, avez-vous des maîtres en matière de journal intime ?
Denis Le Nouvel, denis.lenouvel@atosorigin.com

Réponse de GM :
Moi, c'est votre question qui me surprend. Vous donnez l'impression de n'avoir pas lu le livre dont vous parlez. De Montaigne à Flaubert, de La Rochefoucauld à Chateaubriand, de Bossuet à Cioran, il n'y a dans ce livre que des stylistes, des grands maîtres du style. C'est vrai des auteurs français, c'est également vrai des auteurs étrangers, de Lucrèce à Chestov. Le seul des maîtres que j'évoque dans ce livre qui ne soit pas un styliste, c'est Berdiaeff.

Ayant souvent vu son nom dans vos livres, j'ai voulu lire Ph. de St Robert. Comme il est austère ! Quelle différence avec vous ! Par quel miracle êtes-vous de si bons et si vieux amis ?
Michelle Vallin (Gentilly)

Réponse de GM :
Moi aussi, à l'occasion, je suis austère ! Saint-Robert et moi, nous portons sur le monde le même regard désabusé.

Il y a eu, ces dernières années, de nombreuses rééditions d'auteurs antiques, notamment de Sénèque, Plutarque et des poètes. Y etes-vous pour quelque chose ? Certaines de ces traductions se signalent-elles par leur excellence ou par leur nullité ?
Louis Boisgibault, boisgibault@free.fr

Réponse de GM :
Y suis-je pour quelque chose ? Je n'en ai pas la moindre idée. Il faudrait poser la question aux éditeurs. Quand à la qualité de ces traductions, je ne puis vous répondre, ne les ayant pas lues.

Le bruit court que votre ami Roger Peyrefitte aurait été séquestré durant les dernières années de sa vie par un secrétaire abusif. En avez-vous eu vent ?
Michel Lavandin, michel.lavandin@ifrance.com (Montrouge)

Réponse de GM :
Roger Peyrefitte n'a été séquestré que par son grand âge et ses pénibles infirmités. Il a jusqu'à son dernier soupir été entouré d'attentions et d'affection.

Des plumes libres ont surgi ces dernières années : P. Besson, M-E Nabe, B. Duteurtre, F. Beigbeder, Eric Neuhoff, Philippe Muray, etc. Les connaissez-vous, les appréciez-vous ?
Marion Dutilleuil (Cachan)

Réponse de GM :
Oui, je les connais, certains d'entre eux sont des amis, et je les apprécie tous beaucoup.

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